Sans doute, peut-il apparaître provocateur de parler aujourd’hui de « non-violence » ou de « lutte non-violente » tant notre actualité, mais aussi notre Histoire commune semblent dominées par la violence, la guerre, le terrorisme, les massacres, les génocides. Le mot de « non-violence » lui-même semble inaudible dans ce contexte où les médias nous donnent à voir chaque jour le spectacle de la violence et de la guerre. Le mot « non-violence » apparaît encore chez beaucoup comme la négation de la violence, ou tout simplement le simple refus de la violence, c’est à dire finalement le refus de l’action. Et nous savons que l’inaction, la passivité, la résignation ne sauraient être une ligne de conduite morale qui nous permette d’avoir une attitude responsable dans notre Histoire. Le concept de « lutte non-violente », aussi, peut poser question, car dans notre culture dominante, il n’y a de place, essentiellement, que pour la lutte violente, armée. Plus exactement, il nous est difficile de concevoir une lutte qui ne serait pas violente ou armée pour faire face aux injustices, aux oppressions, aux dictatures, aux agressions contre un peuple, un territoire. Dans notre culture, il est impensable que la non-violence, la lutte non-violente puisse jouer un rôle significatif, puisse avoir une prise sur les évènements, puisse être d’une quelconque efficacité. Nous avons intériorisé que seule la violence, la lutte armée, la guerre sont les seuls instruments nécessaires, légitimes pour combattre efficacement un agresseur, pour défendre les valeurs essentielles lorsque celles-ci sont menacées. Lire la suite
Archives pour la catégorie Non-violence
Défilé militaire du 14 juillet : faut-il applaudir les engins de mort ?
En appui de la pétition que j’ai lancée pour la suppression du défilé militaire du 14 juillet, je publie cette tribune dans une version augmentée. La première version de ce texte avait été publiée à l’occasion de la polémique lancée par Eva Joly en juillet 2011. Depuis, je l’ai régulièrement diffusée à l’occasion du 14 juillet. Dénoncer le défilé militaire, ce n’est pas s’inscrire dans un antimilitarisme primaire, c’est affirmer que notre pays s’honorerait en montrant au monde qu’il peut être grand sans devoir exposer des milliers d’engins de mort qui alimentent les guerres aux quatre coins du monde. Lire la suite
Pour une démilitarisation des commémorations nationales
La France a un goût prononcé pour les commémorations qui, chaque année, de façon immuable, se succèdent, tant à Paris que dans chaque ville et village du pays. Une douzaine de journées nationales commémoratives ont été instituées par l’Etat en souvenir d’événements et d’acteurs de ces événements qui ont marqué l’histoire de la nation : journée du souvenir des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie, journée du souvenir des victimes et héros de la Déportation, fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme, commémoration de la victoire du 8 mai 1945, journée nationale de la mémoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leur abolition, journée de la Résistance, journée d’hommage aux morts pour la France en Indochine, appel du 18 juin du Général de Gaule, journée nationale à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l’Etat français et d’hommage aux « Justes » de France, journée d’hommage aux Harkis, Armistice du 11 novembre. Il est possible que j’en oublie… A ces journées instituées, il faut ajouter les anniversaires particuliers : centenaire de la guerre de 14-18, anniversaire du Débarquement (à chaque décennie), etc. Ce sont souvent l’occasion de grandes célébrations médiatiques et politiques, où très souvent la parade militaire tient une place de choix. Lire la suite
Pourquoi je soutiens le programme de la France insoumise et vote Mélenchon à la présidentielle
Lors de la primaire citoyenne, au second tour, j’ai voté Hamon, bien que n’étant pas membre du parti socialiste. A la fois pour dégager Manuel Valls de la course à la présidentielle et pour soutenir un projet novateur à gauche. Hamon apportait un bol d’air frais dans cette campagne, notamment avec sa mesure audacieuse de revenu de base universel que je soutiens depuis longtemps. Son positionnement, en rupture avec le quinquennat de Hollande, avec la ligne majoritaire du PS et en faveur de la décroissance et de la transition écologique me semblait porteur d’un réel « futur désirable » permettant à la France de tourner la page du social-libéralisme. Lire la suite
Défendre les frontières de la démocratie
Quelles sont les menaces qui pèsent sur notre démocratie ? Assurément, nous ne sommes plus au temps de la guerre froide où la menace désignée était militaire. Notre défense se situait alors clairement dans l’optique d’une invasion de l’armée soviétique. Ce schéma étant périmé, il convient d’affirmer que ce ne sont pas tant notre territoire qui est menacé par une hypothétique invasion militaire que notre démocratie. « Le territoire dont l’intégrité garantit la paix, c’est-à-dire la justice et la liberté, ce n’est pas celui de la géographie, mais celui de la démocratie, écrit justement Jean-Marie Muller ». Je propose dans cet article une réflexion sur les enjeux de la défense civile de la démocratie. Lire la suite
Lettre ouverte à Benoît Hamon sur la dissuasion nucléaire
Cher Benoît Hamon,
Je ne suis pas socialiste. J’ai voté pour vous au deuxième tour de la primaire citoyenne au mois de janvier. Je vous crois sincère dans vos convictions, malgré le passif des nombreux reniements de votre parti aux valeurs profondes de la gauche. Je souhaite par la présente vous interpeller sur une question qui est absente du débat de l’élection présidentielle : la dissuasion nucléaire.
Vous avez déclaré que vous étiez favorable à poursuivre le renouvellement et la modernisation de la dissuasion nucléaire. Celle-ci nous coûte aujourd’hui 3,6 milliards d’euros par an et les experts s’accordent pour dire qu’à l’horizon 2025, elle représenterait un poids de 6 milliards d’euros annuels pour notre économie. Au-delà de la question budgétaire qui ne saurait être balayée d’un revers de main, je veux attirer votre attention sur les enjeux stratégiques et éthiques que pose la possession de l’arme nucléaire. Lire la suite
Eloge de la raison libre en période troublée
Il y a cent ans, en mai 1917, Romain Rolland, rendait un hommage à la raison libre à travers l’exemple du grand écrivain de la terre russe, Léon Tolstoï. J’ai découvert ce texte tout récemment et j’ai été frappé par la force de ces mots qui raisonnent aujourd’hui d’une façon toute particulière. » Dans le génie de Tolstoï, écrit Romain Rolland en ouverture de son texte, il y a plus d’un homme : il y a le grand artiste, il y a le grand chrétien, il y a l’être d’instincts et de passions déchaînés. Mais à mesure que la vie s’allonge et que son royaume s’étend, on voit plus nettement celui qui la gouverne : et c’est la raison libre. C’est à la raison libre que je veux ici rendre hommage. Car, c’est d’elle, aujourd’hui, que nous avons besoin1« . Cent ans plus tard, nous avons plus que jamais besoin de cette vertu sans laquelle nous risquons de consentir aveuglément à notre propre perte. Lire la suite
1er janvier 2017 : le pape François fait l’éloge de la non-violence à l’occasion de la 50ème journée mondiale de la paix
« La non-violence : style d’une politique pour la paix », tel est l’intitulé du message annuel du pape lors de la journée mondiale de la paix, le 1er janvier prochain. Ce message, daté du 8 décembre 2016, a été rendu public il y a quelques jours. Pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise catholique, un pape consacre une allocution au thème de la non-violence. C’est un événement considérable que nous voulons saluer en montrant l’exceptionnelle avancée doctrinale que constitue cette réflexion du pape François, alors que plus que jamais, la guerre et la violence font rage dans le monde. Lire la suite
Histoire à l’école : déconstruire une mémoire guerrière et sélective
Devant des millions de téléspectateurs, le candidat de la droite à la primaire François Fillon a récemment déploré que l’école n’enseignait plus Clovis et Jeanne d’Arc, deux héros de notre récit national. Outre que ses propos traduisaient une claire méconnaissance des programmes d’histoire, il n’en reste pas moins que ce candidat se situe dans la lignée des hommes politiques qui veulent instrumentaliser l’enseignement de l’histoire au profit d’une idéologie patriotique et guerrière. Le retour du port de l’uniforme qu’il prône s’inscrit d’ailleurs aussi dans cette volonté de caporaliser l’école, les enseignants comme les élèves, en s’appuyant sur une histoire nationale empreinte de militarisme qui serait la seule à pouvoir être enseignée à l’école. Lire la suite
Jean-Marie Muller, 50 ans d’engagements au service de la non-violence
Il y a 50 ans, le 10 octobre 1966, Jean-Marie Muller donnait sa toute première conférence publique à Orléans sur le thème « La violence et l’évangile » dans le cadre d’une rencontre oecuménique à laquelle participait notamment l’évêque d’Orléans Guy Riobé et le pasteur Miroglio, responsable de l’Eglise réformée d’Orléans. Jeune professeur de philosophie, il est alors âgé de 26 ans, Jean-Marie Muller y faisait le constat que « le monde est en état de violence » et qu’ « il est menacé par la violence jusque dans son existence même ». Il posait alors cette question qui demeure toujours d’actualité : « Face à cela, que devons-nous faire, que pouvons-nous faire ? » C’est précisément à ces questions cruciales que Jean-Marie Muller ne cesse de réfléchir depuis cinq décennies en s’efforçant de relever le formidable défi que nous lance la non-violence. Lire la suite
Pour une Marseillaise de paix
Nombreux sont ceux qui ont déjà souligné l’archaïsme et la cruauté des paroles de notre hymne national. Un chant dans lequel nous sommes invités à pourfendre « ces féroces soldats », cette « horde d’esclaves », ces « tigres sans pitié » et à soutenir « nos bras vengeurs » afin qu' »un sang impur abreuve nos sillons »…
Et pourtant de cérémonies officielles en manifestations sportives, notre pays continue de jouer cette chanson qui à l’origine était un chant de guerre, restant sourd aux étonnements et indignations légitimes qu’il suscite tant en France qu’à l’étranger. Lire la suite
Hommage aux moines de Tibhirine, témoins de la non-violence
Il y a vingt ans, au mois de mai 1996, nous apprenions la mort de sept moines trappistes du monastère de Tibhirine. Ils avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars par un groupe armé. Nous ne savons toujours rien de précis sur les circonstances de leur mort, ni sur leur date exacte. Celle-ci avait soulevé une grande émotion, au-delà du pays, l’Algérie, où ils avaient choisi de vivre. Mais que savons-nous au juste du sens de leur engagement au coeur d’un pays alors tourmenté et meurtri par la violence et la guerre ? Lire la suite