Hommage à Gene Sharp, inspirateur de révolutions non-violentes

Gene Sharp est décédé le 28 janvier 2018. On le surnommait parfois le « machiavel de la non-violence » ou le « Clausewitz de la guerre non-violente ». Pendant plus de soixante ans, il a mené des recherches sur les stratégies non-violentes contre les dictatures et les pouvoirs oppressifs. Ses ouvrages ont influencé de nombreux citoyens aux quatre coins du monde et il a inspiré quantité de mouvements pour la démocratie en Europe de l’Est (révolutions de velours), en Serbie, en Ukraine (révolutions de couleurs), mais aussi dans les pays arabes en 2011. Son manuel « De la dictature à la démocratie«  (1993) a été publié et traduit en 34 langues. Lire la suite

Penser le combat non-violent (essai de synthèse provisoire)

Sans doute, peut-il apparaître provocateur de parler aujourd’hui de « non-violence » ou de « lutte non-violente » tant notre actualité, mais aussi notre Histoire commune semblent dominées par la violence, la guerre, le terrorisme, les massacres, les génocides. Le mot de « non-violence » lui-même semble inaudible dans ce contexte où les médias nous donnent à voir chaque jour le spectacle de la violence et de la guerre. Le mot « non-violence » apparaît encore chez beaucoup comme la négation de la violence, ou tout simplement le simple refus de la violence, c’est à dire finalement le refus de l’action. Et nous savons que l’inaction, la passivité, la résignation ne sauraient être une ligne de conduite morale qui nous permette d’avoir une attitude responsable dans notre Histoire. Le concept de « lutte non-violente », aussi, peut poser question, car dans notre culture dominante, il n’y a de place, essentiellement, que pour la lutte violente, armée. Plus exactement, il nous est difficile de concevoir une lutte qui ne serait pas violente ou armée pour faire face aux injustices, aux oppressions, aux dictatures, aux agressions contre un peuple, un territoire. Dans notre culture, il est impensable que la non-violence, la lutte non-violente puisse jouer un rôle significatif, puisse avoir une prise sur les évènements, puisse être d’une quelconque efficacité. Nous avons intériorisé que seule la violence, la lutte armée, la guerre sont les seuls instruments nécessaires, légitimes pour combattre efficacement un agresseur, pour défendre les valeurs essentielles lorsque celles-ci sont menacées. Lire la suite

Martin Luther King, révolutionnaire non-violent

biomlkL’américaniste Sylvie Laurent vient de publier une « biographie intellectuelle et politique » (Seuil) sur Martin Luther King, dont le récent film « Selma » nous rapporte un épisode tragique et éloquent de son combat non-violent pour les droits civiques.

L’immense intérêt de cet ouvrage est de nous faire découvrir un homme qui était un véritable dissident dans son pays, un leader « radical et non-violent révolutionnaire ». En effet, au fil des ans, se sont imposées des représentations édulcorées de cette figure mythique. Les Américains ont oublié la radicalité de ses combats, tant par ses méthodes que ses finalités. Ils l’ont intégré comme un homme de réconciliation et d’unité nationale alors qu’il divisait fortement l’Amérique lorsqu’il défendait la cause de la communauté noire. Symbole de cette évolution, c’est Ronald Reagan, président conservateur s’il en fut, alors président des Etats-Unis, qui décréta en 1985 la journée fériée Martin Luther King, le 3ème lundi du mois de janvier. Lire la suite