Archives pour la catégorie Non-violence

Le pouvoir de la non-violence (3) : Les leçons de la lutte exemplaire du Larzac (1971 – 1981)

Larzac50 ans plus tard, la lutte des paysans du Larzac (1971-1981) contre l’extension du camp militaire demeure assurément emblématique et particulièrement exemplaire. A cette époque, on a voulu chasser des paysans vivant sur le plateau du Larzac, en Aveyron, pour que leur terre permette l’extension d’un camp de manoeuvres militaires qui préparent la guerre. Des champs cultivés pour la vie devaient se transformer en camps d’entraînement pour la mort. La symbolique extraordinaire de cette décision gouvernementale, annoncée un soir à la télévision par le ministre de la Défense en octobre 1971, a généré le plus puissant mouvement de résistance à la militarisation que la Ve République ait connu. Lire la suite →

Le pouvoir de la non-violence (2) : Pourquoi la résistance civile est efficace

Pouvoir-de-la-non-violenceIls sont rares les ouvrages de recherche en langue anglaise sur la non-violence à être traduits et publiés en France. L’éditeur Calmann Lévy l’a fait pour le livre Why civil resistance works (2011) des deux chercheuses américaines en sciences politiques Erica Chenoweth et Maria J. Stephan. Cet ouvrage remarqué et plusieurs fois primé aux Etats-Unis est publié sous le titre Pouvoir de la non-violence : Pourquoi la résistance civile est efficace, avec une préface de Jacques Sémelin. Lire la suite →

Le pouvoir de la non-violence (1) : Hannah Arendt

"Hannah Arendt, German philosopher and writer."

« Hannah Arendt, German philosopher and writer. »

Le pouvoir et la violence, dans l’opinion commune, semblent liés au point de ne former qu’un. Nous sommes convaincus que la violence crée le pouvoir et que le pouvoir, pour se maintenir, a besoin de la violence. Parler d’un « pouvoir de la non-violence » peut ainsi apparaître totalement incongru, tant nos représentations du pouvoir, mais aussi de la non-violence, ne laissent envisager qu’une forme de pouvoir, celle qui a la légitimité de l’usage de la violence, tandis que la non-violence serait incapable de créer le moindre pouvoir de par l’image de faiblesse à laquelle elle renvoie. La philosophe Hannah Arendt nous propose une autre vision qu’il m’a paru utile de présenter, alors qu’un livre important dont nous reparlerons prochainement, vient d’être publié sous le titre Pouvoir de la non-violence : Pourquoi la résistance civile est efficace de Erica Chenoweth et Maria J. Stephan (chez Calmann Lévy).
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La violence détruit le mouvement social

Il est temps d’ouvrir les yeux et de dénoncer ce qui ne peut être justifié. Encore une fois, lors d’une manifestation légitime qui avait vocation à être pacifique afin que ses slogans soient bien entendus par l’opinion publique et par le pouvoir d’Etat, une minorité a détruit le potentiel revendicatif exprimé par les manifestants. Samedi 5 décembre, comme le samedi précédent, la manifestation contre la loi de sécurité globale a été détournée de son sens, elle a été pourrie de l’intérieur par une minorité d’irresponsables, qu’ils se nomment blackblocs ou autres, peu importe. L’heure n’est plus à l’excuse, car il n’y en a pas à l’endroit de ceux qui n’ont rien à voir avec le mouvement social. Ces gens-là, disons-le sans détour, avant d’être des ennemis (illusoires) de l’Etat, sont d’abord des ennemis réels du mouvement social. Lire la suite →

Graines de non-violence chez les précurseurs de l’anarchisme : Godwin, Bellegarrigue et Proudhon

La critique et la contestation de l’Etat sont constitutifs de la matrice de l’anarchisme qui dénonce l’ordre social fondé sur les institutions de la violence tout en plaidant pour une société basée sur la liberté et l’autonomie des citoyens. Tout au long de son histoire, le mouvement anarchiste a été traversé par de multiples débats sur la fin et les moyens. Par quels moyens faut-il lutter pour faire advenir une société sans Etat ? Peut-on, et dans quels cas, utiliser la violence qui est le moyen légitime de l’Etat ? Ne risque-t-on pas de trahir l’idéal anarchiste en ayant recours à la violence ? La non-violence n’est-elle pas finalement le moyen le plus adéquat pour défendre les valeurs de liberté et de justice que défendent les anarchistes ? Lire la suite →

La non-violence : une nouvelle définition

Cette nouvelle définition de la non-violence sera publiée prochainement (début 2021) dans le Dictionnaire d’anthropologie prospective, publié par l’éditeur Vrin. Je l’ai rédigée dans le cadre de mes recherches lexicologiques et sémantiques sur le mot “non-violence” qui devraient aboutir à la publication d’un ouvrage, avec le concours de l’Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits (IRNC). Les références entre parenthèses renvoient à la bibliographie qui suit l’article. Comme toute définition, celle-ci est bien entendu sujette au débat et à l’échange constructif.  Lire la suite →

Après le rassemblement à la République contre le racisme et les violences policières : le pouvoir du peuple

Les images extraordinaires de la foule rassemblée place de la République samedi, alors que tout rassemblement demeure interdit, témoignent d’une aspiration profonde de la jeunesse des quartiers, et plus largement des forces vives de ce pays, à la justice, à l’égalité des droits, à la dignité, au refus du racisme, de l’intolérance, de la violence, de toutes les violences. Il a fallu d’ailleurs les images de “l’internaute 94”, spécialiste des actions cascadeuses, qui a décroché la banderole infâme de Génération identitaire, pour réaliser l’ampleur du rassemblement, minimisé par les grands médias. Ce ne sont pas 15 000 personnes, comme annoncé par la Préfecture de Paris, mais bien plus de 100 000 qui étaient pacifiquement réunies dans une même exigence de dignité contre les discriminations raciales et sociales. Lire la suite →

Quelques réflexions sur la non-violence à partir de la pensée de Simone Weil

Le refus de la légitimité de la violence est au coeur de l’oeuvre de la philosophe Simone Weil (1909-1943). Chrétienne hors de l’église comme elle se définissait, elle s’est indignée contre les compromissions de l’Eglise avec la violence qui ont contribué, selon elle, à profondément dénaturer la parole du Dieu chrétien. « La vérité la plus essentielle concernant Dieu, affirme Simone Weil, c’est que Dieu est bon avant d’être puissant1« . En pactisant avec la violence, l’Eglise a fait écran à la sagesse et à la bonté de Dieu. Elle estime que si l’Eglise a pactisé avec l’empire de la force, elle le doit à la double influence de l’Ancien Testament et de l’empire romain. « Cette double souillure presque originelle, écrit-elle, explique toutes les souillures qui rendent l’histoire de l’Eglise si atroce au cours des siècles2« . Simone Weil est vivement attirée par les Cathares qui « poussèrent l’horreur de la force jusqu’à la pratique de la non-violence et jusqu’à la doctrine qui fait procéder du mal tout ce qui est du domaine de la force3« . Certes, précise-t-elle, « c’était aller loin, mais non pas plus loin que l’Evangile4« . Lire la suite →

Théodore Monod et le respect de la vie, plus que jamais d’actualité pour bâtir le monde d’après…


Dans le monde d’après la période du coronavirus, il se pourrait bien que certains penseurs un peu oubliés nous aident à voir le monde autrement pour construire du neuf. Théodore Monod (1902-2000) en fait certainement partie. Biologiste, naturaliste, explorateur, spécialiste des déserts et surtout profondément humaniste, il était un partisan convaincu de la non-violence. Ami de l’orientaliste Louis Massignon et de l’écrivain malien Amadu Hampâté Bä, il était un savant qui s’impliquait vigoureusement pour la cause de la dignité humaine et du respect de l’animal. Le journaliste Roger Cans résume son engagement : « On le voyait marcher au premier rang des manifestants qui protestaient contre la bombe atomique, l’apartheid, l’exclusion. Il militait contre tout ce qui, selon lui, menace ou dégrade l’homme : la guerre, la corrida, la chasse, l’alcool, le tabac, la violence faite aux humbles. Son credo : le respect de la vie sous toutes ses formes1. » Lire la suite →

9 novembre 1989 : la victoire de Gandhi sur Lénine…

Le mur de Berlin n’est pas tombé grâce à la quincaillerie militaire de l’Occident, mais grâce à la mobilisation exceptionnelle de la société civile est-allemande dans une résistance non-violente qui est allée crescendo pendant les semaines qui ont précédé ce fameux jour de novembre 1989. Le système totalitaire s’est effondré en une nuit, non pas sous les coups de boutoir d’armées démesurées, mais sous la pression pacifique du peuple qui avait décidé de reprendre en main son destin. Les mauvais esprits qui se moquaient de nous lorsque nous disions que la non-violence était l’arme la plus efficace pour résister face au pouvoir communiste en furent pour leurs frais… Lire la suite →

Le Service National Universel ou comment soumettre et embrigader la jeunesse. Pour un droit à l’objection de conscience.

La phase test du Service National Universel du 17 juin au 31 juillet 2019 a apporté des éclairages tout à fait saisissants sur l’essence de ce dispositif, les valeurs qu’il véhicule, les objectifs « civiques », mais surtout militaristes qu’il vise et les pratiques qu’il met en oeuvre. Si le SNU repose pour l’instant sur le volontariat, nous savons que le pouvoir souhaite le généraliser en le rendant obligatoire pour toute la tranche 16-18 ans. Je dénonce ici une entreprise de soumission et de caporalisation de la jeunesse, ainsi qu’une volonté de militarisation des consciences par des méthodes d’un autre âge, mais en parfaite cohérence avec un pouvoir autoritaire et méprisant envers le peuple. Plus que jamais, comme pour le service militaire au temps de la conscription obligatoire, un droit à l’objection de conscience au SNU doit être reconnu, par les jeunes eux-mêmes, mais également par les familles. Lire la suite →

Non-violence et décroissance : essai de convergence en quelques mots

Tout comme la décroissance, la non-violence est un processus, un chemin et non pas une finalité, encore moins un dogme. Les deux mots « non-violence » et « décroissance », que nous associons volontiers, sont des termes « négatifs » qui existent par ce à quoi ils s’opposent directement : la violence et la croissance. Ils permettent de nommer clairement la démarche de rupture engagée avec l’ordre établi, qu’il soit politique ou économique. Les deux mots expriment la décision et la volonté de sortir des logiques oppressives et mortifères qui fondent les systèmes dominants. Lire la suite →