Quelques réflexions sur la non-violence à partir de la pensée de Simone Weil

Le refus de la légitimité de la violence est au coeur de l’oeuvre de la philosophe Simone Weil (1909-1943). Chrétienne hors de l’église comme elle se définissait, elle s’est indignée contre les compromissions de l’Eglise avec la violence qui ont contribué, selon elle, à profondément dénaturer la parole du Dieu chrétien. « La vérité la plus essentielle concernant Dieu, affirme Simone Weil, c’est que Dieu est bon avant d’être puissant1« . En pactisant avec la violence, l’Eglise a fait écran à la sagesse et à la bonté de Dieu. Elle estime que si l’Eglise a pactisé avec l’empire de la force, elle le doit à la double influence de l’Ancien Testament et de l’empire romain. « Cette double souillure presque originelle, écrit-elle, explique toutes les souillures qui rendent l’histoire de l’Eglise si atroce au cours des siècles2« . Simone Weil est vivement attirée par les Cathares qui « poussèrent l’horreur de la force jusqu’à la pratique de la non-violence et jusqu’à la doctrine qui fait procéder du mal tout ce qui est du domaine de la force3« . Certes, précise-t-elle, « c’était aller loin, mais non pas plus loin que l’Evangile4« . Lire la suite

Théodore Monod et le respect de la vie, plus que jamais d’actualité pour bâtir le monde d’après…


Dans le monde d’après la période du coronavirus, il se pourrait bien que certains penseurs un peu oubliés nous aident à voir le monde autrement pour construire du neuf. Théodore Monod (1902-2000) en fait certainement partie. Biologiste, naturaliste, explorateur, spécialiste des déserts et surtout profondément humaniste, il était un partisan convaincu de la non-violence. Ami de l’orientaliste Louis Massignon et de l’écrivain malien Amadu Hampâté Bä, il était un savant qui s’impliquait vigoureusement pour la cause de la dignité humaine et du respect de l’animal. Le journaliste Roger Cans résume son engagement : « On le voyait marcher au premier rang des manifestants qui protestaient contre la bombe atomique, l’apartheid, l’exclusion. Il militait contre tout ce qui, selon lui, menace ou dégrade l’homme : la guerre, la corrida, la chasse, l’alcool, le tabac, la violence faite aux humbles. Son credo : le respect de la vie sous toutes ses formes1. » Lire la suite

9 novembre 1989 : la victoire de Gandhi sur Lénine…

Le mur de Berlin n’est pas tombé grâce à la quincaillerie militaire de l’Occident, mais grâce à la mobilisation exceptionnelle de la société civile est-allemande dans une résistance non-violente qui est allée crescendo pendant les semaines qui ont précédé ce fameux jour de novembre 1989. Le système totalitaire s’est effondré en une nuit, non pas sous les coups de boutoir d’armées démesurées, mais sous la pression pacifique du peuple qui avait décidé de reprendre en main son destin. Les mauvais esprits qui se moquaient de nous lorsque nous disions que la non-violence était l’arme la plus efficace pour résister face au pouvoir communiste en furent pour leurs frais… Lire la suite

De la désobéissance civile : clarification conceptuelle et signification politique

On entend beaucoup parler dans les médias et les mouvements écologistes pour le climat de « désobéissance civile ». Malheureusement, cette notion est souvent utilisée à tort, à la fois par les militants et la presse. Bien souvent, elle est employée pour évoquer une action non-violente ponctuelle ou de durée limitée, action certes illégale, mais qui, selon nous, n’entre pas toujours dans les catégories de la « désobéissance civile ». Il me semble essentiel de faire remarquer que la désobéissance civile ne se réduit pas à ce type d’actions médiatiques. Je propose ici d’apporter quelques clarifications conceptuelles sur cette notion qu’il convient d’employer à bon escient en vérifiant que les critères qui la définissent soient bien respectés.  Lire la suite

Le Service National Universel ou comment soumettre et embrigader la jeunesse. Pour un droit à l’objection de conscience.

La phase test du Service National Universel du 17 juin au 31 juillet 2019 a apporté des éclairages tout à fait saisissants sur l’essence de ce dispositif, les valeurs qu’il véhicule, les objectifs « civiques », mais surtout militaristes qu’il vise et les pratiques qu’il met en oeuvre. Si le SNU repose pour l’instant sur le volontariat, nous savons que le pouvoir souhaite le généraliser en le rendant obligatoire pour toute la tranche 16-18 ans. Je dénonce ici une entreprise de soumission et de caporalisation de la jeunesse, ainsi qu’une volonté de militarisation des consciences par des méthodes d’un autre âge, mais en parfaite cohérence avec un pouvoir autoritaire et méprisant envers le peuple. Plus que jamais, comme pour le service militaire au temps de la conscription obligatoire, un droit à l’objection de conscience au SNU doit être reconnu, par les jeunes eux-mêmes, mais également par les familles. Lire la suite

Désobéir pour le climat : un impératif citoyen

Il y a quatre ans, à l’approche de la COP 21, nous avions salué la préparation de la mobilisation citoyenne en formulant le voeu qu’elle s’inscrive résolument dans une démarche non-violente. (ici) Quatre ans plus tard, alors que les rapports alarmants se succèdent sur le réchauffement climatique, les citoyens sont plus que jamais en mouvement pour décréter l’état d’urgence climatique. Et agir en conséquence. Lire la suite

Ecologiste, voici pourquoi j’ai rejoint le Rassemblement des Ecologistes pour le Vivant (REV)

Dès sa fondation, en février 2018, j’ai adhéré au REV, le Rassemblement des Ecologistes pour le Vivant. Je ne pensais pas vouloir adhérer à nouveau à un parti politique, tant les déceptions furent grandes ces dernières années avec Europe Ecologie-Les Verts dont je fus membre de 2010 à 2015. Ce nouveau mouvement, initié par Aymeric Caron, apporte l’authenticité et la radicalité que l’écologie politique, disons politicienne, a perdu ses dernières années au gré des ambitions personnelles et des alliances contre-nature. Retour sur un engagement marqué par l’écologie et la non-violence et sur les raisons de mon adhésion au REV, avec quelques perspectives pour demain…  Lire la suite

Non-violence et décroissance : essai de convergence en quelques mots

Tout comme la décroissance, la non-violence est un processus, un chemin et non pas une finalité, encore moins un dogme. Les deux mots « non-violence » et « décroissance », que nous associons volontiers, sont des termes « négatifs » qui existent par ce à quoi ils s’opposent directement : la violence et la croissance. Ils permettent de nommer clairement la démarche de rupture engagée avec l’ordre établi, qu’il soit politique ou économique. Les deux mots expriment la décision et la volonté de sortir des logiques oppressives et mortifères qui fondent les systèmes dominants. Lire la suite