Linky à Colomiers : la mauvaise foi de la maire au conseil municipal

Le conseil municipal du jeudi 18 octobre a encore illustré ce que nous avions dénoncé il y a déjà trois ans sur ce blog, à savoir le caractère anti-démocratique de la posture de la maire de Colomiers (voir ici) dans les débats du Conseil municipal. Lors de ce conseil, la municipalité présentait un avis présentant sa position sur les compteurs Linky et formulant un certain nombre de demandes à Enedis (droit à l’information, droit au respect de la propriété privée…). Le groupe Vivre Mieux à Colomiers avait prévu d’intervenir à deux voix. C’est ainsi que prenant la parole en premier, j’annonçais que M. Jimena s’exprimerait également en suivant. Je vais d’abord transcrire dans cet article ce que j’ai dit, puis les réponses de la maire et enfin je développerais mes commentaires à ses réponses et plus largement à cette nouvelle séquence anti-démocratique du conseil municipal.

Alain Refalo. « Espérons que ce débat sera l’occasion d’un progrès et non pas la répétition de formules et de postures que l’on a l’habitude d’entendre et de voir quand le groupe Vivre mieux émet des convictions et des propositions qui ne rentrent pas dans les cases des différents groupes ici présents. Il suffit de se référer au dernier débat sur le voeu que nous avions déposé sur les compteurs Linky. Je ne prendrai qu’un exemple pour éviter la litanie : l’accusation de catastrophisme… A ce propos, que n’auriez-vous dit si nous avions laissé entendre qu’un compteur linky pouvait exploser et incendier une maison ? C’est exactement ce qui s’est passé il y a quelques jours dans le Loiret…

Ce qui frappe aux yeux à la lecture de votre avis, c’est que vous n’avez pas été convaincus par les arguments de nombreux citoyens et des nombreux élus qui partout en France s’opposent à l’installation des compteurs Linky. Et que par conséquent, cet avis montre que vous n’êtes pas opposés sur le fond comme sur la forme à l’installation de ces compteurs. En réalité, vous n’avez pas compris ce qui est en jeu, vous n’avez pas compris les raisons et les motivations légitimes des opposants et donc vous considérez que rien d’essentiel ne peut être opposé sur le fond au déploiement des compteurs. Quand on lit le compte-rendu des réunions de la CLAR, lorsqu’on écoute M. Darnaud, on a surtout l’impression que vous reprenez les arguments d’Enedis, que vous les validez, ce qui signifie que la municipalité finalement, non seulement n’est pas du côté des opposants, mais elle est du côté du soutien à Enedis en validant l’essentiel de sa propagande.

Vous émettez un certain nombre de demandes à Enedis, mais qui ne mangent pas de pain dans la mesure où elles ne remettent pas en cause le bien fondé de l’installation de ces compteurs. Vous tentez de donner le change en voulant montrer aux citoyens que vous les avez entendus, mais personne n’est dupe… Vos demandes n’ont rien à voir avec les motivations des 1 800 personnes qui ont déjà signé la pétition du collectif anti-linky. Dans votre avis, vous émettez des souhaits, vous formulez des demandes, mais rien en l’état ne garantit que ceux-ci et celles-ci seront acceptés par Enedis. Vous n’avez rien négocié et Enedis ne s’est engagé à rien concernant ces demandes. Ce n’est d’ailleurs par un Avis, mais un voeu, en l’occurence un voeu pieux. Quand on fait un voeu pieux, on est dans le registre religieux, on n’est pas dans le registre politique. Comme quoi, la religion n’est pas toujours du côté que l’on croît…

En réalité, si vous entendiez les citoyens, du moins les nombreux citoyens de cette ville, ils vous disent une chose, c’est qu’ils ne veulent pas de ce compteur. Et donc le minimum qui serait à demander et à obtenir d’ENEDIS, c’est la reconnaissance du droit personnel à refuser l’installation du compteur. A minima, il manque dans les demandes aux sociétés ENEDIS et INSIEMA la phrase suivante :

« – respectent le refus du client de remplacer le compteur existant. « 

Au nom de quel principe, vous qui par ailleurs considérez que vous n’avez aucune compétence quant à la décision d’installer ces compteurs, ne pourriez-vous pas formuler cette demande : demander à Enedis qu’il reconnaisse le droit de l’usager à garder le compteur existant.

Car après tout, il y a bien inégalité de traitement dans cette affaire entre les propriétaires qui peuvent interdire l’accès au compteur parce que celui-ci est à l’intérieur de la propriété et ceux, propriétaires ou locataires dont le compteur est à l’extérieur. Cette inégalité est un problème central. Pourquoi certains, de fait, peuvent s’opposer à la pose du compteur Linky avec l’argument du respect de la propriété et pourquoi d’autres ne pourraient-ils pas en avoir le droit alors que leur refus est légitimement fondé sur des arguments éthiques et écologiques ?

Ce qui veut dire que des milliers, des dizaines de milliers, peut-être plus, de compteurs ne seront pas posés. Et donc si autant de compteurs ne seront pas posés, tout le monde s’en accomodera. Il n’y a donc aucun impératif, ni économique, ni énergétique, ni financier, aucun, à imposer les compteurs linky à tout le monde et surtout à ceux qui n’en veulent pas pour de bonnes raisons.

Alors, soit c’est un impératif d’intérêt général et tout le monde doit l’accepter, propriété privée ou pas. Soit ce n’est pas un impératif, et dans ce cas, il faut à minima respecter le refus des citoyens éclairés qui n’en veulent pas. Vous nous direz que cette demande a peu de chance d’aboutir. Mais comme d’autres demandes qui sont dans l’avis municipal. Donc pourquoi se priver d’une demande qui pourrait en l’état satisfaire tout le monde : ceux qui n’en veulent pas, ceux qui le veulent (on ne les entend pas trop) et aussi ceux que cela indiffère.

Il existe un exemple récent de l’acceptation par ENEDIS de cette demande. Je veux parler de la ville de Bayonne (49 000 habitants). Dans cette ville, le débat sur la pose des compteurs Linky a débouché sur une position de principe prise à l’unanimité en conseil municipal : il est inadmissible de forcer les usagers qui y sont opposés à accepter l’installation du nouveau compteur. Fort de cet avis, le maire Jean-René Etchegaray a négocié avec Enedis pour faire respecter la volonté de la ville. Bien lui en a pris, car les Bayonnais ont désormais droit à un traitement particulier. « Enedis a finalement accepté le principe de ne pas poser de compteur chez les personnes qui s’y opposent », dixit la direction de la communication de la mairie. A la mi-mars 2018, 401 personnes qui avaient exprimé un refus ont échappé à la pose d’un compteur Linky.

En conclusion, nous n’avons pas besoin d’un voeu pieux. Nous avons besoin d’une résolution municipale qui s’engage à négocier avec Enedis le droit individuel des citoyens à refuser le compteur Linky. »

La maire. « Je n’ai rien compris à votre position. Car vous n’avez fait qu’exprimer finalement ce que l’avis municipal indique, sans nous expliquer d’ailleurs ce que vous souhaitez vous, ni ce qui motive votre position, je dirai même votre opposition. Si ne n’est une opposition farouche ou du moins dogmatique, car je n’ai entendu aucun argument. Je n’ai entendu qu’une succession de mots que vous aimez d’ailleurs vous payer, qui forment certes des phrases qu’on aime écouter, qu’on aime lire, parce que vous écrivez bien. Pas de problème. Dites nous ce qui motive votre position au lieu d’expliciter sans arrêt la notre. Que faites-vous de ceux qui ne s’expriment pas, qui n’ont pas d’avis ou de ceux qui peut-être sont tout à fait d’accord ; il y a 25 000 foyers à Colomiers, il y a 1800 opposants, admettons 2000 et je vous en rajoute 1000, je suis généreuse ce soir, que faites-vous des autres ? Pas de leçon monsieur Refalo, pas de leçon de choses, pas de leçon de posture. Ayons un débat ouvert, digne, technique, responsable. Le droit des Bayonnais n’est pas différent de celui des Columérins. Et je peux vous assurer que le conseil municipal de Bayonne n’a pas obtenu ni plus ni moins que le droit de propriété qui est consacré constitutionnellement, vous l’avez peut-être oublié. Finalement, je n’ai pas compris, je n’ai pas votre sagacité intellectuelle, la différence entre ce qu’avait obtenu Bayonne et ce que nous disons. Je vous ai écouté très religieusement, mais non moi je n’écoute pas très religieusement, je suis quelqu’un de laïque, vous devriez le savoir et dans cette instance nous le sommes tous. Nos opinions religieuses sont gardées à titre privé. Vous devriez le savoir et donc je vous dispense de vos métaphores. Nous allons en venir aux arguments contre le Linky. (la maire donne la parole à Patrick Jimena). »

J’avais souhaité en introduction de mon propos un débat qui soit l’occasion d’un progrès. Les propos de la maire que vous venez de lire illustrent parfaitement jusqu’à la caricature les postures anti-démocratiques que je dénonce et dont j’espérais qu’elles seraient derrière nous pour avoir un débat constructif. Il en sera de même dans ses réponses à l’intervention suivante de Patrick Jimena.

La maire, le dit, elle n’a rien compris à ma position… Et tout son propos montre qu’effectivement elle n’a pas compris la différence entre la demande que je formule, appuyée sur l’exemple de Bayonne, et ce qui est écrit dans l’avis municipal. Elle n’a pas compris la différence de situation qui existe entre les propriétaires qui ont un compteur à l’intérieur de leur habitation et ceux qui ont un compteur à l’extérieur. L’avis municipal prend en compte le droit de propriété qui peut être opposé à Enedis. Mais à Bayonne, ils ont obtenu bien plus que cela. Qu’on soit propriétaire ou pas, compteur à l’extérieur ou à l’intérieur, le maire de Bayonne a obtenu d’Enedis le droit au respect du refus des habitants d’installer le compteur Linky. Dans sa réponse, la maire considère qu’on fait peu de cas de ceux qui ne sont pas opposés au compteur Linky. A-t-elle oublié que l’avis municipal proposé ne satisfait que ceux-là ?

Je proposais que soit ajouté dans l’avis municipal la demande suivante : « – respectent le refus du client de remplacer le compteur existant. » Cette formulation permettait justement de respecter tout le monde, ceux qui sont favorables au compteur Linky, comme ceux qui y sont défavorables. Elle n’impose à personne le compteur Linky, mais elle n’impose à personne de s’y opposer ! Quand on est démocrate, on trouve des réponses à des situations conflictuelles en respectant les droits des citoyens, et non pas en leur imposant des choix technocratiques. Qu’on soit favorable ou non au Linky, la moindre des choses est de permettra à chaque citoyen d’exprimer son avis, d’accepter ou de refuser.

La maire me reproche de ne pas exposer d’arguments, de ne pas préciser nos motivations et de ne parler que de leur position. Ca c’est quand même incroyable ! On délibère sur un avis de la municipalité et il ne faudrait parler que de notre position… Sachant que le point suivant est précisément un voeu du groupe Vivre mieux à Colomiers sur le sujet, sachant qu’elle sait que Patrick Jimena va s’exprimer à ma suite et qu’il va longuement exposer nos arguments, sachant que nous avons déjà exposé avec précision notre position au précédent conseil, n’est-il pas normal que ma première intervention se concentre sur l’avis municipal qui est soumis à délibération lors de ce conseil municipal ? Excusez-nous de respecter l’ordre du jour, aurait-on envie de lui répondre…

Passons sur le trait d’humour qu’elle a pris au premier degré sur le caractère religieux de cet avis municipal (religieux dans le sens d’un voeu pieux puisque aucune des demandes formulées à Enedis n’a en l’état de garantie d’être acceptées). Passons sur ses leçons de morale sur la laïcité, totalement malvenues et hors sujet (en lien avec le point précédent). Passons sur son mépris ouvertement affiché de ma façon d’écrire ou de m’exprimer (pourtant, au conseil précédent, elle soulignait « mon talent »…). Passons sur son ironie débile (« je n’ai pas votre sagacité intellectuelle… »). Ce qui est grave à travers sa façon de répondre, c’est qu’elle dégrade délibérement le nécessaire débat démocratique. Pourquoi, si elle n’a pas compris mes propos, ne m’a-t-elle demandé de le préciser ? La moindre des choses quand on veut vraiment débattre, c’est de comprendre son interlocuteur ou son contradicteur, en l’occurrence son adversaire. Mais son objectif n’est pas le débat constructif, son objectif est d’avoir le dernier mot dans le débat en déconsidérant les propos de l’adversaire.

Relisez ses propos : de la mauvaise foi (elle fait semblant de ne pas comprendre…), du mépris (toujours l’incessante formule du « dogmatisme » à notre encontre), du mensonge (l’avis contient la demande que vous formulez… Ah, mais on croyait qu’elle ne l’avait pas comprise…), de l’indignation toute calculée (pas de leçon, monsieur Refalo, ayons un débat digne (sic)…), de l’interprétation (vous faites croire aux Columérins que nous avons le pouvoir d’empêcher l’installation des compteurs, ça c’est dans sa réponse à Jimena). Ce faisant, et très objectivement, et cela dure depuis quatre ans, elle « pourrit » tous les débats génants pour la municipalité. Par des réponses d’une longueur interminable à des questions légitimes posées par les groupes d’opposition, elle provoque l’écoeurement, ce qui est sans doute le but recherché. Par des interruptions fréquentes des interventions des opposants, interruptions que j’avais dénoncées dans l’article mentionné ci-dessus, elle exaspère les conseillers d’opposition, ce qui est un autre but recherché. Que le lecteur sache ceci : Les 30 points à l’ordre du jour ont été expédiés en deux heures. Le débat sur Linky a duré deux heures ! Et les trois questions avec les trois réponses de la maire, suivi d’un débat sur le voeu de soutien au conseil départemental ont duré deux heures ! Voilà un conseil municipal qui aurait dû se tenir en trois heures. Il en a fait le double.

Ces gens-là considèrent toujours que le pouvoir leur est dû et que l’opposition est une incongruité dans le conseil municipal. Ils ont oublié qu’ils n’ont gagné en 2014 qu’avec 198 voix d’avance… dans des conditions douteuses. 1 800 personnes en quelques semaines ont signé une pétition contre le compteur Linky à Colomiers (sans doute la plus importante pétition depuis très longtemps), mais elle préfère (bel argument de droite) prendre appui sur tous ceux qui n’ont pas signé la pétition. En réalité, ce mouvement citoyen les gène, à un an des municipales. Alors autant le déconsidérer, le discréditer, le délégitimer en espérant que le temps fera son oeuvre.

Il y a un an, j’écrivais une tribune sur le « rassemblement de la gauche » pour les municipales de 2020 face au risque que pouvait comporter une alliance de la droite avec En marche. Cette tribune, écrite avec un regard politique, aurait pu être l’amorce d’un climat nouveau, prélude à un travail en commun. Aujourd’hui, tout cela est obsolète (bien que le risque existe toujours…) et cela nous a été signifiés très clairement.

J’appelle tous les columérins qui veulent construire le changement dont notre ville a besoin à se rassembler autour de Vivre Mieux à Colomiers afin de préparer l’échéance majeure et historique de mars 2020. Il est temps de tourner la page d’un système malfaisant pour la démocratie qui a fait beaucoup de tort à notre ville et aux Columérins. 

Pour voir toute la séquence du conseil municipal du 18 octobre consacré à Linky, c’est ici :

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