Evaluations nationales à l’école : comment nous les avons sabotées il y a dix ans…

La semaine dernière, les appels se sont multipliés pour dénoncer les évaluations nationales imposées aux enseignants de CP et CE1 avec diverses modalités d’action de résistance allant du refus de la passation à la non remontée des résultats. C’est certainement la grande victoire des enseignants-désobéisseurs de 2008-2009 que de constater que le boycott s’est imposé d’emblée comme la réponse la plus pertinente à cette nouvelle tentative d’instaurer à terme la mise en concurrence artificielle des établissements scolaires du primaire. Retour sur quelques faits saillants de la résistance pédagogique aux évaluations nationales depuis 2008. 

C’est dans un document d’orientation en date du 21 novembre 2007, que Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, présente le nouveau dispositif des évaluations nationales comme un moyen « de connaître et de faire connaître quels sont les acquis des écoliers français à des moments clefs de leur scolarité, notamment par rapport aux pays comparables. » Il crée deux évaluations nationales pour les élèves de CE1 et de CM2 qui seront menées au millieu de l’année scolaire. Le document précise que « leurs constats seront rendus publics et permettront d’apprécier l’évolution de la réussite du système éducatif. […] Le niveau obtenu lors de ces évaluations, mais surtout les progrès accomplis par les élèves et mesurés par ces évaluations constitueront le véritable indice de réussite de la politique scolaire ».  En même temps, il annonce que « l’évaluation des professeurs des écoles doit être redéfinie : pour ne plus s’attacher seulement à la méthode pédagogique de l’enseignant mais intégrer les progrès des élèves ». Et une prime de 400 euros sera octroyée aux enseignants de CE1 et de CM2 qui auront fait passer ces évaluations et fait remonter les résultats par le fichier informatisé du ministère.

En quelques phrases étaient concentrés l’esprit et la pratique de ces nouvelles évaluations nationales. Il s’agit désormais d’évaluer non pas pour aider, comme c’était le cas jusqu’à maintenant avec les évaluations diagnostiques en début d’année, mais d’évaluer pour contrôler, mesurer et comparer. Nous passons d’un système où l’élève était au centre des apprentissages à un système où ce sont les résultats des évaluations qui sont au centre de l’école ! La pédagogie n’est plus considérée comme l’outil indispensable qui conditionne la réussite des élèves, c’est l’évaluation chiffrée qui sera désormais l’étalon permettant de piloter le système éducatif. A terme, la « qualité » de la « pédagogie » sera détectée par nos inspecteurs en proportion de la progression des résultats chiffrés des élèves à des tests formatés et réducteurs. C’est ainsi qu’une culture de la performance et du résultat s’instaure, au détriment des vrais apprentissages, culture qui à terme servira à déterminer le « mérite » des enseignants et leur progression de carrière.

La conséquence pratique de ce système était claire : Nous privilégierons, dans notre « enseignement » ce qui pourra être directement opérationnel pour ces tests, c’est-à-dire ce qui sera « utile » pour les élèves dans ces situations formatées d’évaluation. Nous préparerons les élèves à répondre à des batteries de questions et d’exercices en un temps limité, ce qui reviendra à faire du « bachotage ». Par ailleurs, il ne sera pas exclu que des parents d’élèves eux-mêmes « préparent » leurs enfants à ce bachotage, ce qui ajoutera au stress lié à ces évaluations. Nous étions ici clairement dans un reniement de toute éthique éducative et pédagogique auquel il était demandé aux enseignants de se soumettre inconditionnellement.

Le 27 novembre 2008, alors que des lettres de désobéissance individuelles sont publiées par des enseignants du primaire à destination de leurs inspecteurs, est lancé l’Appel des 100 maîtres contre les évaluations nationales, à l’initiative de Sylvain Grandserre, maître d’école. L’appel dénonce notamment le recours à la prime de 400 euros pour inciter les enseignants à passer les évaluations. « Nous dénonçons cette prime qui met à mal le travail d’équipe, ignore le fonctionnement réel des écoles et apparaît comme une façon perverse de consacrer la dégradation de notre pouvoir d’achat. » L’appel résonne comme un cri d’indignation des consciences. « Nous ne pouvons plus continuer à subir cette politique scolaire fondée sur la concurrence entre les élèves, entre les familles, entre les écoles et entre les maîtres. Elle est contraire à l’idéal de citoyens responsables et solidaires qui fonde notre école. Nous ne supportons plus de travailler avec une administration qui pense pouvoir nous mener à la carotte et au bâton. Si c’est là le modèle éducatif de notre ministre, ce n’est pas le nôtre, ni celui de l’école laïque et républicaine. Nous voulons rester dignes de notre mission d’éducateur. Nous demandons que cessent la brutalité, la méfiance et le mépris. Nous demandons l’arrêt de cette politique et la démission du ministre qui l’incarne. » Cet appel sera signé en quelques jours par 15 000 personnes.

Début janvier 2009, l’Appel des 100 maîtres publie sur internet les cahiers d’évaluation avec leurs corrigés. Dans une déclaration datée du 2 janvier 2009, les signataires dénoncent la volonté du ministère de mettre en concurrence les écoles en contradiction avec sa promesse initiale de ne pas rendre publics les résultats des évaluations par école. Ils réitèrent l’engagement pris dès le mois de novembre : « Nous demandons le retrait immédiat de ce projet. Et parce que nous ne voulons pas de cette école, par respect pour les enfants, pour les parents et pour notre dignité, parce que nous savons que les voies d’une plus grande efficacité de l’école sont ailleurs, nous faisons ce serment : si ce dispositif est maintenu, quelles que soient les sanctions que nous encourons, nous nous engageons à ne jamais transmettre les résultats des évaluations de nos élèves à l’administration.« 

Le 14 janvier, le Réseau des enseignants du primaire en résistance (les « désobéisseurs ») diffuse un modèle de lettre de désobéissance que les conseils des maîtres peuvent reproduire et signer pour envoi à leur inspecteur. « La mise en concurrence des écoles et des équipes, la perspective d’avantages financiers ou de carrière « au mérite » ou au « résultat » font basculer les agents du service public dans une logique détestable dont les effets pervers bien connus dans le privé ont été fuis par nombre d’entre nous en choisissant notre profession. Pour toutes ces raisons, le conseil des maîtres réuni le …… janvier 2009 a décidé d’utiliser tout ou partie des outils d’évaluation produits par les instances ministérielles, de s’en inspirer au besoin pour améliorer les outils évaluatifs élaborés par l’équipe, de continuer à utiliser ces outils dans le cadre des bilans de connaissance communiqués aux parents, de les corriger et en analyser les résultats en équipe, mais de ne pas en faire de retour hiérarchique et de n’en permettre aucune publication.[…] Nous espérons donc être compris et soutenus dans ce positionnement que nous voulons constructif au service de notre efficacité pédagogique et pour la réussite de nos élèves. »

Le 21 janvier, prenant la mesure de la situation exceptionnelle de contestation qui se développe, le syndicat des inspecteurs SNPI-FSU publie un communiqué titré « Halte au feu ! » dans lequel il « appelle tous les acteurs du système scolaire à reconsidérer l’actuel dispositif des évaluations CM2 comme ce qu’il est en l’état : une gigantesque maldonne. » Le communiqué est alarmiste. « Il devient impératif de dédramatiser une situation désormais dangereuse pour notre institution. Car maintenant, une chose est sûre : les résultats qui sortiront de ces évaluations n’auront plus guère de sens alors que de très nombreuses écoles ont refusé de les mettre en œuvre dans les conditions imparties, et alors que la nature même du protocole conçu pour ces évaluations est sujette à caution. » Le syndicat prend la mesure de la défiance qui s’est installé chez les enseignants envers la hiérarchie : « Une chose s’impose désormais : la crise de confiance que d’aucuns pressentaient est en train de se cristalliser dans le développement d’un spectaculaire mouvement de désobéissance où se retrouvent des milliers d’enseignants et de familles. » On ne saurait mieux dire, mais cette lucidité des inspecteurs n’a pas rayonné jusqu’au ministère à l’époque… Le communiqué veut convaincre le gouvernement de la nécessité d’un dialogue entre toutes les parties pour sortir de cette situation intenable. « Le SNPI-FSU, qui en décembre dernier avait alerté en vain le ministre sur la dangereuse montée du climat d’inquiétude, demande avec gravité au Premier ministre de tout faire pour apaiser une situation qui devient chaque jour insupportable. »

Le 11 février, l’Appel des 100 maîtres publie un communiqué soulignant le ridicule de la situation générée par l’inconséquence du ministre Darcos : « on apprend qu’au moment où il était demandé aux enseignants d’effectuer la saisie informatique des résultats des CM2, la CNIL n’avait toujours pas donné son feu vert ! Il faudrait donc que les professeurs se mettent hors-la-loi pour satisfaire la précipitation du ministre… »

Le 15 mars, le syndicat des inspecteurs SNPI-FSU dénonce les manipulations du ministère pour augmenter les statistiques des remontées des résultats des évaluations. « Des témoignages nous parviennent de toute la France faisant état de pressions directes ou indirectes des IA-DSDEN sur les IEN CCPD pour gonfler les statistiques des remontées des évaluations CM2. […] Ces instructions consistent à demander aux IEN CCPD de transformer les fichiers des résultats renseignés par les directeurs d’école, notamment ceux qui ont intégré un code 2 validant des compétences partielles, ou bien à transformer les codes A en 0 ou en 1 pour faire remonter les scores. Le SNPI-FSU appelle les inspecteurs à ne pas compromettre leur indispensable légitimité professionnelle au sein de leur circonscription, ainsi que la valeur de leur expertise institutionnelle nationale dans des opérations de manipulation des informations qu’ils ont à valider et à transmettre. […] Tout cela est le fruit d’une politique éducative inspirée par le culte absurde du résultat avec des chiffres manipulés, par l’autoritarisme et la personnalisation dans la gestion de la fonction publique, une politique qui vise à l’atomisation du service public national dont les relais territoriaux sont mis en concurrence sur le modèle des entreprises privées à but lucratif. Le SNPI-fSU soutiendra avec force tous les IEN CCPD qui défendront la dignité de leur fonction et celle du service public en refusant de se conformer à des instructions manifestement illégales et de nature à compromettre gravement un intérêt public. De même, conformément à ses statuts, il soutiendra tous les IA-DSDEN qui se verraient menacés ou sanctionnés pour avoir défendu avec courage et lucidité les valeurs du service public. » Des inspecteurs qui appellent à ne pas obéir aux instructions et donc à désobéir, nous pouvions raisonnablement penser alors que notre mouvement n’était pas un feu de paille et qu’il commençait à marquer durablement les esprits…

Début avril, le ministère publie les résultats des évaluations. Il montre que plus de 20% des résultats ne sont pas remontés. 553 263 élèves sur 700 000 élèves de CM2 ont été évalués. Ce qui signifie que près de 5 900 enseignants de CM2 ont délibéremment désobéi aux consignes de la hiérarchie en n’ayant pas fait remonter les résultats ou en ayant boycotté la passation. Une vraie victoire pour le mouvement des enseignants-désobéisseurs dont l’action a réussi à perturber sérieusement le dispositif et à médiatiser une désobéissance ouverte sans précédent dans l’histoire de l’Education nationale. L’analyse des résultats par le ministère a été immédiatement contestée par tous les syndicats d’enseignants et même tournée en ridicule…

Au début de l’année 2010, un nouvel appel « Evaluations : toujours sans nous !  » est lancé par l’Appel des 100 maîtres qui devient l’Appel des 200 maîtres … « Malgré les protestations massives et argumentées des professionnels de l’Education et la non communication de 30 % des résultats de CM2,  toutes les écoles de France retrouveront en janvier (CM2) et mai (CE1) prochains ces évaluations, dans l’état pédagogiquement irresponsable où elles étaient apparues, avec les mêmes aberrations, la même nuisance et les mêmes risques », souligne l’Appel.   « C’est donc avec un mépris affiché et infantilisant que l’administration va à nouveau réclamer la passation de ces évaluations à des enseignants qui ne seraient pourtant pas opposés à de véritables outils au service des élèves et de leurs apprentissages. » […] « Voilà pourquoi nous invitons les maîtres et maîtresses pour lesquels le ministère réduit le service à l’obéissance et à la gestion de la pénurie (suppressions massives d’emplois, semaine de 4 jours, nouveaux programmes, aide personnalisée, fichier informatique base-élèves, fin programmée des RASED et des IUFM), ainsi que les parents d’élèves, à s’opposer à ces évaluations selon les modalités de leur choix : boycott (un élève absent invalide les évaluations), simple passation des compétences déjà travaillées, notation plus intelligente, autre usage des documents… Dans tous les cas, nous demandons à nos collègues de ne transmettre aucun résultat à l’administration ou à le faire sous des formes qu’elle ne pourrait pas exploiter. »

Le 18 janvier, Gilles Lehman, enseignant de CM2 en Haute-Vienne est exclu de sa classe et remplacé pendant une semaine pour refus de passation des évaluations nationales. Devant le tollé soulevé par cette affaire, aucune suite ne sera donnée sur le plan des sanctions et l’enseignant réintègrera sa classe.

Au mois de mars, le ministère fait une restitution publique des résultats des évaluations passées en janvier. Nous apprenons alors que les services du ministère ont dû procéder à une correction statistique pour assurer une comparabilité entre les évaluations de 2009 et celles de 2010 ! Le ministère reconnait alors « des défauts dans l’évaluation CM2 » et admet que « les exercices proposés (sic) étaient beaucoup plus difficiles que l’an dernier ». Ainsi, après les tripatouillages de 2009 pour «corriger» les remontées partielles des résultats et qui furent dénoncés par un syndicat d’inspecteurs (SNPI-FSU), après le bidouillage de 2010 pour tenter de maintenir l’illusion d’un outil scientifique, qui pouvait encore douter que ce dispositif n’était qu’une honteuse mascarade ? 

Luc Chatel qui a pris la succession de Xavier Darcos veut réviser les évaluations nationales qui ont suscité tant de critiques et de résistances. Il charge la DEPP (Division des Etudes du ministère) d’assister la DGESCO dans la conception des futures évaluations. Une consultation avec les syndicats et les représentants des parents d’élèves est organisée. Mais finalement rien ne change. A quelques semaines des nouvelles évaluations CM2, Sylvain Grandserre publie dans le Café pédagogique une tribune intitulée  « Qui a besoin de ces évaluations nationales ? » et réclame de véritables outils d’évaluation. « Le ministère avait prétendu vouloir laisser la porte ouverte à d’autres propositions. Dès lors, la reconduite à l’identique de ces évaluations serait d’autant plus regrettable que de nombreuses voix se sont fait entendre ces deux dernières années (enseignants, parents, formateurs, universitaires), non seulement pour condamner l’absurdité de ce dispositif, mais aussi pour réclamer des outils d’évaluation au service de la réussite des élèves. Est-ce vraiment trop demander ? »

Le 4 janvier 2011, à la veille d’une nouvelle campagne d’évaluations pour les CM2, je publie une longue tribune argumentée sur le site du Café pédagogique « Pour en finir avec les évaluations nationales« . Elle se concluait par plusieurs questions qui restent toujours d’actualité : « Avons-nous pour mission d’être des dépisteurs, des douaniers, des contrôleurs qui seront obsédés par la culture du chiffre et du résultat ou bien avons-nous vocation à être des passeurs, des accompagnateurs, des éveilleurs pour l’accès de chacun au savoir, à la réflexion, à la coopération ? Avons-nous pour mission de préparer des individus à s’insérer dans le monde impitoyable de l’entreprise, du marché et de la concurrence, à être une main d’œuvre malléable et corvéable à merci, ou bien avons-nous pour vocation à éveiller des consciences, à former les futurs citoyens, lucides, autonomes et responsables qui sauront vivre ensemble en se respectant, sans se faire violence, sans exclure l’autre ? »

Le 9 janvier 2011, le Réseau des enseignants du primaire en résistance lance l’appel « Les évaluations nationales ne passeront pas par nous ! » et appelle les équipes pédagogiques à boycotter ce dispositif d’évaluations nationales. L’appel met en avant ce que nous refusons, mais aussi ce que nous faisons au service du progrès des élèves. Extrait : « Nous refusons de mettre les élèves en difficulté par la passation d’exercices superficiels. Nous privilégierons des évaluations qui aident l’élève à renforcer son estime de soi et sa confiance en ses capacités. Nous refusons de collaborer à un système qui a l’apparence d’une rigueur scientifique, mais dont l’objectif annoncé est d’instaurer le pilotage du système par les chiffres. Nous faisons confiance aux outils élaborés par les enseignants eux-mêmes dans l’intérêt des élèves. »

Le 17 janvier, Le Monde constate que « la contestation des évaluations prend de l’ampleur et s’organise ». Quelques jours auparavant, un mystérieux blog du nom d' »Evaluator », à l’initiative de parents d’élèves opposés aux évaluations, avait publié les cahiers d’évaluation des élèves en ironisant sur la nécessité de tricher pour faire gagner les élèves… Il ne restera en ligne que quelques heures malgré les milliers de connexions enregistrées.

Le 2 février, quelques jours après la passation des évaluations, le Réseau des enseignants du primaire en résistance publie un appel « pour la non remontée des résultats des évaluations« . « Perpétuellement sourd aux réactions du terrain, pourtant fondées sur le travail quotidien avec les élèves, le ministère ne va pas manquer de s’appuyer sur les chiffres obtenus des remontées informatisées pour légitimer et pérenniser son dispositif d’évaluations nationales, principal support d’un « pilotage par les chiffres », et dont le seul objectif reste la réduction des moyens et du nombre de postes et, à terme, la mise en concurrence des écoles et des personnels. » Le Réseau souligne que « rien n’est possible sans notre concours ! » et qu’il importe de « ne pas se rendre complices de cette mascarade pédagogique« .

Quelques jours plus tard, le 17 février 2011, Sylvain Grandserre dénonce, dans une tribune retentissante au Café Pédagogique à propos des évaluations nationales, « la plus grande tricherie de l’histoire de l’Education nationale ». Il expose tous les stratagèmes utilisés par les différents protagonistes, parents, élèves, enseignants… : « Des parents qui surfent sur le net pour découvrir en avant-première le contenu des livrets afin de faire réussir au mieux leurs progénitures. Des enfants qui se retrouvent contraints au bachotage de dernière minute chez eux ou en classe. Des enseignants qui, par crainte d’être mal jugés, contournent les contraintes : révisions ciblées en classe et à la maison, première chance au brouillon avant remise au propre, temps imparti totalement dépassé, aides interdites pourtant apportées, lecture à voix haute du texte de compréhension de lecture, solutions écrites au tableau sous forme de QCM, correction gomme à la main pour changer la réponse, du genre « je lui compte bon, d’habitude il sait le faire ! ». » Il met en parallèle les tricheurs qui ne sont pas inquiétés et les désobéisseurs qui le sont… « Les seuls à avoir été inquiétés ne sont pas les tricheurs, les truqueurs, ceux qui se sont arrangés comme ils ont pu entre les injonctions hiérarchiques et leurs convictions personnelles. Non, les seuls à avoir eu du souci sont ceux qui en tout honnêteté et transparence ont refusé, parfois avec le soutien de parents courageux, de participer à cette immense mascarade. »

L’arrivée de Vincent Peillon au ministère mettra un terme aux évaluations nationales obligatoires. Dès le mois de juin 2012, il fait savoir que la remontée des résultats des évaluations n’est plus obligatoire. Cette décision avait valeur de reconnaissance du niveau de rejet de ces évaluations… La passation des évaluations devient facultative en 2013 et elle sera définitivement abandonnée en 2014. Les multiples résistances des enseignants, des inspecteurs et des parents d’élèves ont eu raison de ce dispositif absurde et contraire à l’esprit de l’école républicaine.

Clap de fin : au mois de mai 2015, une publication ministérielle fait grand bruit. La revue Education et Formations (n° 86-87, mai 2015), revue trimestrielle de la DEEP (Direction de l’Evaluation, de la Prospective et de la Performance) éditée par le Ministère, sous le titre « L’évaluation des acquis à l’école : principes, méthodologie, résultats « , reprend quasiment mot pour mot tous les griefs des professeurs des écoles en résistance contre ces évaluations. Elle admet notamment que ces évaluations entretenaient la « confusion » entre évaluation diagnostique et évaluation bilan, confusion qui, selon elle, « amène une résistance jamais encore vue chez les enseignants du primaire contre des évaluations malgré une prime de 400 euros instituée pour les enseignants des niveaux concernés ». Le document publié par la DEPP souligne que l’intention du gouvernement, sur demande du Président de la République, était bien d’évaluer à terme les enseignants sur la base des progrès et des résultats des élèves enregistrés lors de ces évaluations, ainsi que nous redoutions dès 2009. A cette époque, la DEPP avait exprimé ses « réserves » quant à la mise en place de ces nouvelles évaluations et de leur utilisation possible. Mais le ministère n’en n’avait pas tenu compte et avait fini par bloquer la publication des travaux des chercheurs de la DEPP qui ne correspondaient pas aux attentes et aux objectif politiques du ministre.

Laissons le mot de la fin au professeur Hubert Montagner qui n’a eu de cesse de dénoncer ces évaluations infâmes et de soutenir activement les enseignants-désobéisseurs. Ces propos de décembre 2009 sont toujours d’actualité :

« Tout concourt à la conclusion que les évaluations-bilans sont des opérations fausses qui ne veulent “rien dire”, à moins qu’elles ne cachent des arrières pensées politiques. C’est indigne de prendre les élèves en otage, de tromper leur famille et de créer le trouble dans les familles et à l’école avec des comparaisons inévitables des résultats obtenus par les différents enfants de la même classe ou d’une autre classe. C’est indigne de dénaturer les missions des enseignants. L’Éducation Nationale se déshonore en organisant une mascarade, ou en la couvrant, et en sanctionnant les professeurs des écoles qui ne veulent pas se prêter à un jeu indigne, à la fois parce qu’ils ont leur conscience de professionnel et d’humaniste pour eux, et parce qu’ils n’ont pas besoin d’une évaluation formelle pour connaître les acquisitions ou déficits cognitifs de chaque enfant, ses capacité de mobilisation des ressources intellectuelles et les insuffisances ou freins qui l’empêchent de comprendre et d’apprendre. En outre, un nouveau fichier informatique est objectivement constitué et donc accessible à tous pour « étiqueter », « cataloguer », voire « stigmatiser » les enfants … les familles  et les écoles. Transmis à la hiérarchie de l’Education Nationale, il pourra être ouvert par d’autres personnes et d’autres Administrations, puis « exploité » à des fins politiques. Avec les évaluations-bilans, l’école perd un peu plus de son âme, de sa crédibilité et de son humanité. Il est temps de refonder l’école pour qu’elle ne “marche plus sur la tête”. »…

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