Colomiers : L’éducation n’est (toujours) pas la priorité, contrairement aux slogans proclamés…

Plusieurs écoles de Colomiers ont connu l’an dernier des incidents graves de violence, entre élèves ou d’agressions d’élèves contre des enseignants. La violence à l’école n’est certes pas un sujet nouveau à Colomiers, mais jusqu’à maintenant, il n’avait pas pris des proportions particulièrement inquiétantes. Et comme toujours lorsque survient un grave incident, l’émotion est grande, tout le monde s’agite, condamne… Certains s’illustrent par une surenchère de démagogie politique et populiste. On prend quelques mesures dans l’urgence pour traiter la surface du problème et puis le quotidien reprend son cours normal. Jusqu’au prochain incident… 

Toutes les institutions sont défaillantes. L’Education nationale, comme toujours, a tendance à minimiser les problèmes, et la mairie, qui prétend faire de l’éducation sa priorité, n’investit pas à la hauteur des enjeux parce que ces enjeux, elle les méconnaît. Elle ne veut pas s’attaquer à la racine des problèmes. A travers ces incidents spectaculaires se pose la question du climat scolaire qui se dégrade dans nos écoles, du vivre ensemble qui se détériore. Au point d’atteindre un seuil critique.

Qu’est-ce qui fait un bon climat scolaire à l’école ? Des équipes d’enseignants et des équipes d’ALAE qui travaillent en coopération avec des pratiques convergentes. Des familles que l’on a réussi à impliquer dans la vie de l’école. Des formations des adultes et des élèves à la régulation non-violente des conflits. Des projets fédérateurs qui mobilisent les élèves, les parents, les enseignants, les animateurs. Des objectifs clairs, précis, limités, mais atteignables, donc évaluables.

La taille des écoles est un handicap structurel

Pour que tout cela se mette en place, il faut des écoles à taille humaine, des écoles où les adultes se connaissent et travaillent ensemble. Et là nous touchons le coeur du problème des écoles à Colomiers. Nous allons payer très cher, et nous commençons à le payer cher, le choix fait il y a déjà longtemps de grands groupes scolaires. La mixité sociale qui n’est d’ailleurs plus tout à fait ce qu’elle était ne suffit plus à maintenir au sein des écoles un climat scolaire favorable au vivre ensemble et favorable aux apprentissages. Depuis des années, je dis qu’il faut diminuer le nombre de classes par école. Voilà un véritable investissement pour l’éducation. Ce n’est pas la rénovation des écoles qui changera le climat des écoles. Elle est bien sûr nécessaire, mais cela n’influe qu’à la marge puisque même dans les écoles neuves il y a aussi de graves incidents.

Lors du rassemblement de soutien à l’enseignante agressée devant l’école Jules Ferry, les enseignants présents étaient unanimes pour dénoncer la taille des écoles, comme l’a bien rapporté La Dépêche du midi. Nous sommes d’accord que, compte tenu de la sociologie des familles de Colomiers, il faudrait des écoles ne dépassant pas 10 à 12 classes en élémentaire, et 4 à 5 classes en maternelle. Avec la montée de la violence dans les écoles, cela devient un enjeu majeur pour le vivre ensemble dans les prochaines années.

La priorité à l’éducation, ce n’est pas seulement la rénovation des écoles. Ce n’est pas seulement un Plan éducatif de territoire avec des activités multiples et variées sur le temps péri-scolaire. C’est bien plus que cela. Il faut avoir une vision claire des questions nouvelles qui se posent dans les établissement scolaires. Tant que la mairie n’entendra pas qu’il y a un problème structurel à Colomiers avec des écoles à taille inhumaine qui sont un facteur aggravant de la détérioration du climat scolaire, nous n’avancerons pas, nous reculerons et ce sont nos enfants qui paieront l’addition.

L’éducation absente du dernier budget

Lors du débat d’orientation budgétaire au mois de décembre, il n’a pas été question d’éducation. Le fameux slogan « priorité à l’éducation » martelé jusqu’à l’overdose depuis 2014 a disparu. Dans le débat, à aucun moment, la maire et son adjointe n’ont parlé des projets en matière d’éducation. C’est d’autant plus étonnant que si on reprend le débat budgétaire précédent, la maire rappelait que dans les priorités politiques il y avait l’éducation avec la rénovation de nos patrimoines scolaires, rénovation que nous avons toujours soutenue.

Nous conviendrons aisément, sans qu’on ait besoin de faire de la sémantique, que l’éducation ne se résume pas à Colomiers aux bâtiments scolaires. C’est un peu une manie de fonctionner avec des slogans réducteurs qui pourraient laisser penser de grandes choses… Pourquoi dire « Education » quand il s’agit de rénover des écoles, ce qui fait partie des devoirs d’une municipalité. Ce n’est pas un luxe, ni un cadeau que de rénover les écoles, c’est un droit fondamental, le droit d’offrir aux élèves et aux enseignants des conditions de travail digne ou à peu près dignes, ce qui a longtemps été refusé et absent à Colomiers.

En vérité, l’éducation ne fait pas partie des priorités. Dans le budget 2018, quels sont les sacrifices qui ont été consentis pour que le budget dévolu à l’éducation corresponde réellement aux attentes et aux besoins de la communauté éducative ? Sur quelles lignes, sur quels postes, sur quels dossiers, la mairie a-t-elle rogné pour que le budget pour l’éducation soit à la hauteur de ce qui est essentiel ? On cherche en vain.

La priorité : diminuer le nombre de classes par école

Si l’éducation était vraiment leur priorité, comme ils disaient, ils investiraient pour que le nombre de classes par école baisse afin de garantir des conditions de travail dignes pour les élèves et les enseignants à Colomiers. Nos écoles sont de taille trop importante pour assurer une qualité des apprentissages et du bien vivre ensemble. La priorité des priorités devrait être à l’horizon des prochaines années de diminuer le nombre de classes par école.

Si l’éducation était vraiment leur priorité, ils ne masqueraient pas la taille des écoles qui est un handicap par des chiffres toujours mis en avant concernant les moyennes d’élèves par classe, ce qui n’a strictement aucune importance. Jusqu’à quand vont-ils nous bassiner et se féliciter que la soi-disant moyenne des élèves par classe est en baisse, ou qu’elle est stable à l’échelle de la commune ? « Nous maintenons un nombre moyen d’enfants par classe peu élevé, affirme la maire dans Le Columérin (25,40 en élémentaire et 26,21 en maternelle). Cela ne veut strictement rien dire. Cela ne dépend pas de la mairie d’ailleurs, mais de l’ouverture ou de la fermeture de classes en fonction du nombre d’élèves sur la commune. En tout état de cause, il n’y a strictement aucune différence entre une classe à 24 (moyenne basse) et une classe à 26 (moyenne haute) en élementaire, ou une classe à 27 ou à 30 en maternelle. Et comme les chiffres oscillent toujours entre 24 et 26, ou entre 27 et 30, et qu’en commission, dans Le Columérin, au Conseil municipal, ils veulent nous faire croire de l’importance de la baisse de 0,5 ou 0,3 ou 1 élève par classe en moyenne, je le dis, c’est se moquer du monde ! D’autant qu’en cette rentrée 2018, nous savons que toutes les classes de CM2 émargent à une moyenne de 29 par classe, ce qui est un vrai scandale.

Si l’éducation était vraiment leur priorité, ils investiraient dans la formation continue des animateurs des ALAE qui travaillent dans des conditions de plus en plus difficiles avec un public de plus en plus hétorègne et des familles qui cumulent les difficultés. Pauvres animateurs des ALAE ! et l’on comprend pourquoi il y a un turn over incessant qui met à mal les plus ambitieux des PEDT et des projets pour les enfants.

Si l’éducation était vraiment leur priorité, ils diminueraient significativement le nombre d’emplois précaires dans ce personnel qui fait un travail plus que méritoire et surtout ils embaucheraient en CDI les animatrices et les animateurs qui ont déjà dix ans de CDD et qui donnent entièrement satisfaction, au lieu de les laisser avec leur CDD dans l’amertume de leurs décisions injustes. Car des titularisations ont bien été réalisées, mais sur des critères opaques qui suscitent de l’incompréhension chez beaucoup qui ont été recalés.

Si l’éducation était vraiment leur priorité, les horaires scolaires seraient depuis longtemps en cohérence avec leurs belles paroles sur le respect des rythmes de l’enfant. On ne ferait pas perdre un temps précieux à la communauté éducative dans des réunions plénières, longues et tardives, dont le seul résultat aura été de bouger quelques horaires de 5 mn ou de 20 mn pour le mercredi, ce qui était réclamé depuis longtemps. Personne n’a été dupe de la façon dont a été mené cette pseudo-concertation, sauf peut être Mme Bertrand… qui les a félicités en commission. Quand on annonce une grande concertation sur les rythmes scolaires, on peut s’attendre à des débats de fonds sur les enjeux de la semaine à 4 jours ou à 4 jours et demi, comme cela était annoncé. Car c’est à la faveur du décret du ministre que ce débat a été organisé, mais qui s’est résumé à un débat sur les horaires pour en arriver à ce qui devrait exister depuis déjà longtemps et qui existe depuis longtemps dans la plupart des communes à 4 jours et demi.

Si l’éducation était vraiment leur priorité, ils construiraient de nouvelles écoles avec l’expertise des enseignants du primaire et non pas sur la base de travaux d’architectes ou des élucubrations d’un responsable qui n’a toujours pas compris, par exemple, que les couloirs de l’école George Sand sont trop étroits et qu’ils empêchent une bonne circulation des classes et des élèves, chaque jour, à chaque entrée et sortie, soit 8 fois par jour. Alors quand on parle de bien-être à l’école, permettez-nous de sourire devant tant d’amateurisme. Dans Le Columérin, la maire ose dire que « nous procurons ainsi les meilleures conditions d’apprentissage et d’épanouissement tant aux élèves qu’aux équipes pédagogiques ». (sic)

Si l’éducation était vraiment leur priorité, ils investiraient dans l’aménagement des cours de récréation des écoles élémentaires afin de permettre aux enfants de jouer et de se détendre en sécurité. La réalité, ce sont des cours de récréation trop petites, sources de conflits, et là on est très loin de la ville « amie des enfants »…

Si l’éducation était vraiment leur priorité, ils ne diminueraient pas les possibilités de bus pour les sorties scolaires, ils ne diminueraient pas le nombre d’animateurs sportifs qui interviennent dans les écoles, et ils n’auraient pas diminué le nombre d’ATSEM dans les écoles maternelles. La population scolaire augmente, mais les moyens ne suivent pas.

Si l’éducation était vraiment leur priorité, ils cesseraient de s’enorgueillir à longueur de communication et de papier glacé sur leurs réalisations, et feraient preuve de davantage d’humilité car en matière d’éducation, au-delà de ce qui est fait et qui peut être visible matériellement ou financièrement, ce sont quand même les résultats des politiques menées qui comptent avec des indicateurs fiables et partagés : diminution de la violence, augmentation du plaisir de fréquenter l’ALAE, amélioration de la coordination Ecole-ALAE avec la réalisation de projets communs, satisfaction réelle des enseignants bénéficiant de conditions de travail dignes, participation active des parents à la vie des écoles, etc.

Enfin, si l’éducation était vraiment leur priorité, la commission municipale du même nom ne serait pas seulement une chambre d’enregistrement, sans débats, sans écoute, sans prise en compte des propositions nouvelles, sans rétention d’informations et de documents, elle serait un véritable espace de travail collaboratif au service de la communauté éducative. Depuis un an, j’ai d’ailleurs décider de ne plus y participer afin de ne plus cautionner cette mascarade.

Avoir le courage de l’audace pour l’école

Alors certes, personne ne dira que la mairie ne se préoccupe pas d’éducation. Elle rénove les écoles. Fort bien. Ce n’est pas un luxe, c’est un droit pour ceux qui les font vivre que de travailler dans des écoles dignes de ce nom. Mais elle le fait avec une décennie de retard, parce qu’à une époque, c’est sûr ce n’était pas l’éducation, ni les écoles, qui étaient la priorité…

La mairie a investi 900 000 euros dans le numérique dans les écoles. Nous l’avons approuvé. Mais la formation des personnels qui devait suivre n’est pas à la hauteur. Et les équipements sont sous utilisés. Et là aussi, il y a la communication avec des slogans incroyables du type « La révolution des apprentissages avec le numérique »… et la réalité qui mérite un peu plus de discernement et d’humilité.

Colomiers a un partenariat avec l’UNICEF avec la charte « Colomiers ville amie des enfants ». Nous l’avons approuvée. Mais il reste beaucoup à faire pour que Colomiers soit réellement la ville amie des enfants. Car le PEDT comporte aussi de nombreuses insuffisances et il se heurte encore une fois à la taille des écoles qui structurellement ne permet pas de déployer toutes les potentialités d’un véritable PEDT.

La vraie priorité pour l’éducation, celle que nous défendons, c’est moins de classes dans les écoles, donc de nouvelles écoles à taille humaine, c’est un plan éducatif de territoire qui articule les projets novateurs et ambitieux avec tous les acteurs de la communauté éducative, ce sont des rythmes scolaires réellement respectueux de l’enfant, c’est un dialogue permanent et constructif entre tous les acteurs de l’éducation, et surtout avec ceux qui sont sur le terrain, c’est la formation des personnels des ALAE, des ATSEM, des personnels de service, avec aussi un véritable statut pour les animateurs des ALAE, c’est Colomiers ville pilote pour l’éducation à la non-violence, à la régulation non-violente des conflits dans toutes les structures qui accueillent des enfants, c’est un plan Marshall de prévention sur l’addiction aux tablettes, aux jeux vidéos et autres pour les familles, les enfants et la jeunesse.

Dans un peu plus d’un an, ce sera les élections municipales. Qui aura le courage de porter ces propositions ambitieuses et novatrices pour l’école, au-delà des slogans d’une campagne électorale éphémère ? Gageons que les Columérins seront attentifs à la réponse.

Une réflexion sur “Colomiers : L’éducation n’est (toujours) pas la priorité, contrairement aux slogans proclamés…

  1. Loin de Colomiers, je ne peux juger de l’action de la mairie de Colombiers mais une chose est certaine, quand acceptera t-on de reconnaitre que ces écoles primaire à 15, 20, 25 classes, c’est de la folie ! Les enseignants ne se connaissent même plus ! Les directeurs sont très peu, voir pas formé à gérer de si grosses écoles. La maternelle souffre dans beaucoup de ces écoles de l’incompétence du directeur qui n’a jamais enseigné en maternelle et qui n’en connait pas les spécificités … Bref, un beau gâchis !

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