
Il y avait quelque chose de réjouissant, ce jeudi 5 novembre, à se retrouver dans les rues de Toulouse. Quelque chose qui faisait chaud au cœur et qui redonnait confiance dans la capacité des citoyens à ne pas tout accepter. Le préfet avait interdit le parcours de la manifestation vers le centre-ville ? Qu’importe !
Les organisations syndicales avaient décidé de maintenir leur itinéraire. Et des dizaines de milliers de manifestants ont répondu présent. Toulouse la rebelle n’avait pas dit son dernier mot !
Ce jour-là, il ne s’agissait pas seulement de manifester pour le pouvoir d’achat, les salaires ou la justice sociale. Il s’agissait aussi de défendre, par l’exercice même de ce droit, une liberté démocratique fondamentale, la liberté de manifester dans l’espace public, de se rendre visible, de faire entendre une colère collective dans les rues du centre-ville de la ville rose.
Car enfin, que signifie une liberté de manifester lorsque le pouvoir peut décider unilatéralement des lieux où les citoyens sont autorisés à exprimer leurs revendications ? Que reste-t-il de cette liberté si les cortèges doivent être relégués dans des itinéraires périphériques, à bonne distance des lieux symboliques de la cité ?
À Toulouse, l’intersyndicale a refusé cette mise à l’écart. Et les manifestants ont suivi. Massivement. Ce refus collectif mérite d’être salué.
Sur la place St Cyprien, point de départ du rassemblement interdit, dès midi, une chorale entonnait des chants révolutionnaires. Il y flottait un parfum exquis de subversion populaire et festive.
Alors, le cortège n’est pas allé très loin. S’il a réussi à enfoncer le premier barrage de police par la force du nombre et sans violence, plusieurs centaines de mètres plus loin, devant le pont des Catalans, un impressionnant dispositif policier lui barrait la route.

Pendant près d’une heure et demie, nous avons fait face aux forces de l’ordre. Calmes, déterminés, accompagnés de la présence de plusieurs députés de la France Insoumise dans les premiers rangs. Les charges et les gaz lacrymogènes ont finalement mis un terme à la tentative de poursuivre le parcours. Certes, le pont n’a pas été franchi, mais pourtant la manifestation a bien eu lieu.
La grande victoire de cette journée, c’est que des dizaines de milliers de personnes ont refusé de se soumettre à une interdiction illégitime et ont pris le risque de manifester.
Quelle leçon en tirer ? La désobéissance civile commence précisément lorsque des citoyens considèrent qu’une décision de l’autorité publique porte une atteinte injustifiée à une liberté fondamentale et choisissent, ouvertement et collectivement, de lui opposer leur résistance.
On voudrait parfois nous faire croire qu’une démocratie se résume au respect des décisions de ceux qui gouvernent. Mais la démocratie est aussi, et peut-être d’abord, la capacité des citoyens à contester le pouvoir, à lui opposer leur détermination et, lorsque cela devient nécessaire, à désobéir. La légalité n’épuise pas la légitimité. Et l’ordre public ne saurait devenir le prétexte permanent à la réduction des libertés publiques.
L’histoire des conquêtes démocratiques est aussi celle de citoyens qui ont refusé de se résigner devant des interdictions. Sans cette capacité de résistance, combien de libertés dont nous jouissons aujourd’hui auraient-elles jamais été conquises ?
Ce jeudi, dans les rues de Toulouse, j’ai retrouvé quelque chose de cet esprit de résistance. Non pas la recherche de l’affrontement, mais la volonté de ne pas céder sur l’essentiel. Non pas le goût du désordre, mais l’exigence de pouvoir manifester librement. Non pas la violence, mais la force d’une détermination collective.
Les images de la répression féroce, qui n’avaient d’autre but que de semer le désordre, n’effaceront pas l’essentiel : des milliers de citoyens ont choisi de faire vivre une liberté plutôt que de se résigner à sa restriction.
Le préfet a réussi à bloquer le cortège. Il n’a pas réussi à empêcher la désobéissance collective. Et c’est la grande leçon de cette journée : une liberté ne demeure vivante que lorsque des citoyens sont prêts à la défendre, y compris en refusant de se plier à des décisions injustes.
Toulouse la rebelle nous l’a rappelé. Et cela fait du bien !

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