Manuel Valls à Colomiers : osons dire quelques vérités déplaisantes

Alain Refalo
Conseiller municipal « Vivre Mieux à Colomiers »
(gauche citoyenne et écologiste)

manuel-valls-gouvernement-combatLe premier ministre, accompagné de nombreux ministres, viendra à Colomiers le lundi 29 août pour la réunion de rentrée du Parti Socialiste. Colomiers, 2ème ville de la Haute-Garonne après Toulouse, avec 38 000 habitants est une ville dominée depuis très longtemps par le parti socialiste, bien que celui-ci perde des plumes à chaque élection. Il n’a d’ailleurs gagné que de justesse les dernières élections municipales face à une liste de gauche citoyenne et écologiste, emmenée par Patrick Jimena. (lire ici notre article : L’inexorable déclin du parti socialiste à Colomiers).

Ayant renoncé à tenir son rassemblement de rentrée à Nantes, le PS se rabat donc sur une autre terre socialiste, moins connue. Il est vrai que la maire de cette ville, élue depuis deux ans, n’a jamais caché sa proximité de pensée avec Manuel Valls dont on sait qu’il est un grand admirateur de Clémenceau. Monsieur Valls préfère en effet la posture bonapartiste et autoritariste du « Tigre » qui réprima férocement les grèves ouvrières au début du XXème siècle à celle du défenseur des mineurs de Carmaux, visionnaire humaniste au verbe haut, au charisme inégalable, j’ai nommé le grand Jean Jaurès. Clémenceau ou Jaurès, le parti de l’ordre (ou plus exactement du désordre établi) contre celui de la justice sociale et de la défense des exploités, monsieur Valls a choisi son camp depuis longtemps. Et nombre de ses paroles en témoignent.

C’est ainsi qu’il traite de « minorité d’opposants radicalisés » les zadistes de Notre-Dame des Landes, faisant ainsi un amalgame douteux et scandaleux avec les terroristes, tout en ignorant la grande diversité de ce mouvement ; c’est ainsi qu’il traite de « voyous » les salariés et syndicalistes d’Air France à l’occasion de l’affaire de la chemise déchirée d’un responsable de l’entreprise ; C’est ainsi qu’il qualifie le mouvement « Nuit Debout » de « Foire de Paris des organisations gauchistes », refusant de reconnaître la nouveauté de cette démarche démocratique portée par beaucoup de jeunes qui s’ouvrent à la politique. Par ces mots et ces paroles, de façon constante, le premier ministre ne cesse de jeter de l’huile sur le feu. Avec son arrogance endémique et sa suffisance congénitale, il exacerbe les tensions sociales là où nous aurions besoin d’une premier ministre à l’écoute, partisan du dialogue et du compromis, apaiseur au lieu d’attiseur de conflits.

C’est sous son gouvernement qu’est mort un jeune homme de 21 ans, Rémi Fraisse, lors d’un rassemblement écologiste contre le barrage de Sivens, dans le Tarn, pas si loin de Colomiers. Le jeune homme a été tué par une grenade offensive alors qu’aucune menace sérieuse à l’encontre des gendarmes ne pouvait justifier l’utilisation, à l’occasion d’un assaut, d’une telle arme de guerre. Dans cette affaire, Manuel Valls a toujours soutenu l’action des forces de l’ordre et de son ministre de l’intérieur. Idem durant les manifestations contre la loi Travail où nous avons vu des centaines de lycéens et de jeunes manifestants pacifiques matraqués, gazés, blessés et mutilés par des armes dites non létales. Quoiqu’il arrive, même le pire, il est toujours du côté des policiers et des gendarmes qui ont forcément bien travaillé. Il faut pas mal de lâcheté pour être fidèle à Clémenceau…

L’autoritarisme et la violence sont les deux faces de la médaille portée fièrement par Manuel Valls. Bien à rebours des idées de progrès et de gauche qu’il devrait incarner en tant que premier ministre d’un gouvernement qui se dit de « gauche », Valls se réfugie dans les valeurs de l’ordre, du tout sécuritaire et au final du pouvoir qui abuse de ses prérogatives. A cet égard, il n’a rien à envier à la droite et à Nicolas Sarkozy. Avec un tel premier ministre, on est bien loin de l’Etat de droit qu’il prétend défendre. C’est pourquoi à la synthèse libérale et autoritaire qu’il incarne, nous préférons et défendons la modernité démocratique, sociale et écologiste.

Tout récemment, lors du décès de l’ancien premier ministre Michel Rocard, certains journalistes ont cru pouvoir relayer cette imposture qui consisterait à faire de Manuel Valls un héritier direct du fondateur de la « deuxième gauche ». Le premier ministre lui-même n’a d’ailleurs cessé de le désigner comme son mentor. Pourtant, tout sépare les deux hommes, précisément sur la question de l’exercice du pouvoir. Contrairement à Manuel Valls, Michel Rocard n’a jamais eu des paroles de mépris et d’exclusion tant vis à vis de ses adversaires, que des citoyens et travailleurs en lutte. Soucieux du compromis par le dialogue, il avait réussi l’exploit impensable en quelques semaines de ramener la paix en Nouvelle-Calédonie après l’épisode tragique d’Ouvéa où l’armée française abattit froidement une dizaine de kanaks. On doute que Monsieur Valls aurait été capable d’un tel résultat… Peut-être même aurait-il validé les propos du ministre de l’intérieur de l’époque (Charles Pasqua) pour qui il fallait « terroriser les terroristes »…

Rien dans les postures, les coups de menton, les dénis de la réalité de l’actuel premier ministre ne rappellent les valeurs et les méthodes de Michel Rocard. Ainsi là où l’ancien premier ministre se prononçait contre l’exclusion des lycéennes porteuses du foulard à Creil (1989), Manuel Valls, lui, est favorable à l’interdiction du voile à l’université et soutient les maires de droite qui veulent interdire le burkini. On pourrait multiplier les exemples qui montrent que l’actuel premier ministre est aux antipodes de Michel Rocard, de sa conception du pouvoir et de sa vision de la société. Enfin, imagine-t-on l’ancien premier ministre imposer aux forceps, sans dialogue, sans concertation, et avec la matraque dans la rue, une loi d’importance comme la loi Travail, cette loi de droite dure, si peu favorable aux travailleurs et aux salariés, que même Sarkozy n’avait pas osé imaginer ?

Mais après tout, en venant à Colomiers, monsieur Valls sait qu’il sera bien accueilli par des socialistes locaux, toujours aux ordres de Solférino, quelle que soit la majorité du parti. Des socialistes locaux qui ont mis en place depuis des décennies un système clanique et clientéliste comme probablement il en existe peu dans des villes de même strate. Sait-il bien, monsieur Valls, dans quelle ville il met les pieds ? Mais peut-être faudra-t-il un jour remercier le parti socialiste d’avoir choisi Colomiers… Cela éclairera encore davantage les Columérins sur la double imposture de la municipalité qui prétend faire du social tout en soutenant les politiques libérales et austéritaires du gouvernement. La réalité est bien autre : hausse des impôts, fin des transports gratuits, baisse des subventions aux associations. Le hasard fait d’ailleurs bien les choses : le jour de la venue à Colomiers du Premier ministre et des hollandais du PS correspond au jour où prend la fin la gratuité des bus à Colomiers, une institution de plus de 40 ans à Colomiers, véritable ADN de la ville ! Etrange et bien malheureuse coïncidence pour la municipalité !

Finalement, les amnésiques de la mémoire se rencontrent… Les opposants à l’intérieur du PS accusent Manuel Valls de vouloir liquider le Parti Socialiste. Ils n’ont peut être pas tort, confirmant les propos de Michel Rocard qui considérait, à propos de Macron et Valls, que « la conscience de porter une histoire collective avait disparu » et qu’ils étaient « loin de l’Histoire ». A Colomiers, les socialistes locaux, eux, liquident la mémoire du parti socialiste, en l’occurrence celle de Léon Blum. L’ancien chef du Front populaire, en compagnie de Vincent Auriol, a été arrêté pendant la guerre (le 15 septembre 1940) à Colomiers au château de l’Armurier qui était la propriété de son gendre, Eugène Montel (qui deviendra maire de Colomiers de 1945 à 1966). Il y a quelques années, malgré l’opposition de nombreux citoyens qui voulaient préserver la mémoire de ce patrimoine particulier, la mairie a vendu ce château à un promoteur qui devrait en faire des logements de luxe… (voir notre article : Résistance civique pour sauver le château de l’Armurier, haut lieu de mémoire).

En venant à Colomiers plutôt qu’à Nantes, monsieur Valls et ses ministres, ainsi que le Parti Socialiste, pensaient qu’ils atterriraient sur une terre favorable, sans contestation, sans opposition dans la rue. Ils se trompaient. Nous serons nombreux ce lundi 29 août à nous exprimer à proximité du Hall Comminges1 pour dire tout le mal que nous pensons de la politique de régression sociale, et de surcroit anti-écologique et anti-démocratique en oeuvre depuis 2012. Avec une pensée toute particulière pour nos amis de Notre-Dame des Landes en lutte contre un projet d’aéroport démesuré, inutile et coûteux. Colomiers, « Terre d’envol », bastion de l’aéronautique, dit non à l’aéroport de trop en Loire Atlantique !

Monsieur Valls, les citoyens mobilisés contre la loi Travail, contre l’aéroport de Notre-Dame des Landes et tous les citoyens columérins de gauche qui ont rejeté le parti socialiste aux dernières élections municipales ne vous souhaitent pas la bienvenue. Monsieur Valls, prévenez vos « brigades du tigre », enfin vos gendarmes…, que le 29 août nous n’aurons pas d’armes… Nous sommes profondément attachés à la non-violence, mais nous ne sommes pas pour autant des naïfs. Nous dénoncerons toute provocation, y compris policière, qui viserait à ternir l’image de ce rassemblement. Nous ne laisserons personne, au pays de la colombe, entacher de violences ce rassemblement démocratique des forces citoyennes et sociales. Nous n’avons pas la mémoire courte et nous savons quelles peuvent être les méthodes honteuses du pouvoir pour faire déraper et discréditer une manifestation populaire légitime. (voir notre article : A propos d’une affiche de la CGT : le courage de la vérité).

Tenez-le vous pour dit, monsieur Valls, ce jour là, nous porterons fièrement le drapeau de la République démocratique, sociale et fraternelle dont vous êtes l’un des principaux fossoyeurs. Ce drapeau sur lequel nous écrirons cette juste phrase de Jaurès : « La République est un grand acte de confiance et un grand acte d’audace ». C’est précisément parce que vous avez renoncé à l’audace que le peuple vous refuse aujourd’hui sa confiance. Les citoyens qui se mobiliseront lundi veulent entretenir la flamme fragile de l’espérance pour un pays qui soit vraiment fidèle à son idéal de justice, de liberté et de fraternité.

1 Rassemblement à 17h près du Hall Comminges à l’appel de CGT, Solidaires, FSU 31, Union des Etudiant-e-s de Toulouse, UNEF, FIDL. Facebook : https://www.facebook.com/events/520610054794496/

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