A propos d’une affiche de la CGT sur les violences policières : le courage de la vérité

15068335Il faut souligner le courage de la CGT-Info’Com dans cette affaire. Seule la vérité dérange, semble-t-il, à en juger par les cris d’orfraie de la classe politique, les concerts d’hypocrisies de l’institution policière et de ses syndicats et la condamnation quasi unanime des médias. Peut-on dans ce pays dénoncer les violences le plus souvent disproportionnées de la police, violences d’une institution de l’Etat dont la fonction première devrait être, comme l’affirme l’affiche, de protéger les citoyens et non de les frapper ? La liberté d’expression, tant célébrée après Charlie, a des limites. En France, on ne touche pas à la police, comme on ne touche pas à l’armée… Notre pays demeure un pays qui, intrinsèquement, ne supporte pas la remise en cause de ses institutions, la défiance envers ceux qui nous gouvernent et la désobéissance civile aux lois injustes.

Pourtant, cette affiche qui intervient dans un contexte de mobilisation sociale contre la loi travail et de développement du mouvement inédit « Nuit Debout », ne fait que dire ce qui est et qui ne devrait pas être. Car à quoi avons-nous assisté ces dernières semaines, ces derniers mois ? Nous avons vu des jeunes lycéens, pourtant pacifiques, matraqués et gazés dans la rue, nous avons vu des femmes et des hommes, simples passants pris dans la nasse d’une manifestation, subir le même traitement révoltant, nous avons vu des manifestants non-violents, au moment de la COP 21, mais aussi pour défendre des sans papiers, pour protester contre l’aéroport Notre Dame des Landes, et pour bien d’autres nobles causes locales, frappés, tabassés, voire gravement mutilés par des armes dites non létales. Il est inacceptable que dans un Etat qui se dit « de droit » que de tels agissements, cautionnés par la hiérarchie aux ordres du pouvoir, deviennent monnaie courante. Et ceci le plus souvent en toute impunité, comme l’a souligné à plusieurs reprises Amnesty International.

Le recours à « la force » (c’est à dire à la violence) est le plus souvent injustifié et disproportionné. Tout simplement parce qu’il ne vise pas à empêcher les manifestants de commettre des délits et des violences, mais à leur faire peur. Voire à les dissuader de manifester. La violence des « forces de l’ordre » (en l’occurence les forces du désordre établi) devrait être l’exception. L’exception qui confirme la règle de tout faire pour ne pas avoir à user de la matraque. En démocratie, la violence ne saurait être un moyen normal d’assurer la paix publique. Trop souvent, et cela est devenu la règle, la police use de violence au-delà de la stricte nécessité. Car il peut y avoir, bien sûr, des cas limites qui nécessitent de contraindre un ou des individus qui mettent réellement en danger la paix publique. Mais même dans ce cas, tout devrait être fait pour que le recours à la violence soit un dernier recours, et non pas le moyen premier.

Monsieur Cazeneuve s’est dit choqué par l’affiche de la CGT. Mais monsieur Cazeneuve n’est jamais choqué par les faits qu’elle révèle. C’est la diffusion des images de violence policière qui choque monsieur Cazeneuve, mais non les actes injustifiés des policiers qu’il couvre systématiquement. Comme à Sivens ou à Notre Dame des Landes. C’est un peu comme les images des abattoirs. Ce qui choque certains, c’est la diffusion des images des atrocités commises pourtant quotidiennement contre les animaux, mais ce n’est point la cruauté elle-même inhérente à l’abattoir. En réalité, la présence de policiers surarmés et bien visibles à proximité des manifestations est déjà une forme de violence, de provocation à la violence. J’ai remarqué bien des fois, dans les manifestations, combien la présence de la police était tout simplement inutile du point de vue du maintien de l’ordre, en l’absence justement de « désordres » réels ou potentiels. Et j’ai remarqué bien des fois combien sa présence pouvait attiser les tensions et susciter parfois la violence.

Je ne cherche surtout pas à excuser les manifestants qui s’adonnent à la violence contre des policiers ou à des dégradations contre des biens publics. Je les condamne et je l’ai toujours fait. C’est aussi une réalité que je ne sousestime pas. Cependant, cette réalité, ultra minoritaire, est le plus souvent montée en épingle par les médias, et surtout utilisée par le pouvoir pour discréditer un mouvement fondamentalement non-violent, un mouvement qui remet en cause des lois injustes, ou qui lutte contre un grand projet inutile et destructeur. Nous savons aussi, parce que cela a toujours existé, que la violence des « casseurs » est le meilleur allié du pouvoir. Elle lui permet de justifier sa répression aux yeux de l’opinion publique qui ne peut qu’acquiesser. Et nous savons que parfois, cette violence, il l’attise et la provoque. Nous savons que des policiers déguisés en manifestants, arbhorant des autocollants de la CNT ou autre, provoquent des violences et des dégradations dans l’objectif de faire dégénérer une manifestation. Ceux qui constestent cette réalité sont des menteurs. La violence est un piège, utilisée par tous les pouvoirs, démocratiques ou non, pour tuer dans l’oeuf toute contestation, toute résistance.

Je plaide pour la mise en place systématique de services d’ordre non-violents par les organisateurs des manifestations qui doivent être clairement affichées comme pacifiques, au risque de se répéter. Cet affichage et cette organisation sont essentiels. Cela nécessite une préparation rigoureuse et des formations pratiques. L’objectif de cette préparation doit être de maintenir le cap de la non-violence durant toute la manifestation, d’écarter voire neutraliser toute personne qui ne respecterait pas les consignes de non-violence, de filmer les provocations et les violences qui pourraient survenir d’éléments extérieurs, y compris de la police. Chaque fois que de tels services d’ordre ont été mis en place, ils ont permis à la non-violence et donc à la cause d’avoir le dernier mot.

Pour l’heure, l’affiche de la CGT est salutaire. Elle permet de pointer du doigt d’une façon certes très provocante, mais juste, des comportements qui doivent absolument cesser de la part de l’institution policière. Un débat doit s’ouvrir sur la réalité des violences policières dans notre pays. Malheureusement, nous pouvons douter qu’il ait véritablement lieu si l’on en juge par l’avalanche de réactions hostiles et injurieuses qui se succèdent depuis deux jours. Pourtant, faire l’autruche ne saurait être la réponse qu’attendent tous ceux qui ont été victimes de ce que l’on appelle en langage feutré et hypocrite, de « l’usage disproportionné de la force ».

5 réflexions sur “A propos d’une affiche de la CGT sur les violences policières : le courage de la vérité

  1. Non-violence, certes.
    Notre pays, celui des Brigades du Tigre, n’en affiche pas moins une vénération officielle pour les démolisseurs de la Bastille et pour les révolutionnaires dont l’ancienneté n’a pas entièrement adouci les moeurs moyennement pacifiques. Nous commémorons aussi avec flonflons des massacres mondiaux, perpétrés on le sait pour la gloire et le bénéfice du capital.
    Plus récemment, la France (aux éternelles valeurs démocratiques n’est-ce pas) a puni en Syrie, suite à l’horreur de la Promenade des Anglais, des gens qui ne connaissaient même pas Nice, tout en soutenant des « insurgés » terroristes au Proche-Orient. Et l’inféodation à l’OTAN, le soutien à l’apartheid israélien (notre modèle sécuritaire, ces jours-ci !), les crimes économiques etc. constituent d’autres ignobles violences, que l’état pratique et encourage en notre nom.
    Disons aussi, une dernière fois ce 15 septembre, Non à la Loi Trepalium de la douce Myriam et de ses tu(t)eurs !

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  2. […] Monsieur Valls, les citoyens mobilisés contre la loi Travail, contre l’aéroport de Notre-Dame des Landes et tous les citoyens columérins de gauche qui ont rejeté le parti socialiste aux dernières élections municipales ne vous souhaitent pas la bienvenue. Monsieur Valls, prévenez vos « brigades du tigre », enfin vos gendarmes…, que le 29 août nous n’aurons pas d’armes… Nous sommes profondément attachés à la non-violence, mais nous ne sommes pas pour autant des naïfs. Nous dénoncerons toute provocation, y compris policière, qui viserait à ternir l’image de ce rassemblement. Nous ne laisserons personne, au pays de la colombe, entacher de violences ce rassemblement démocratique des forces citoyennes et sociales. Nous n’avons pas la mémoire courte et nous savons quelles peuvent être les méthodes honteuses du pouvoir pour faire déraper et discréditer une manifestation populaire légitime. (voir notre article : A propos d’une affiche de la CGT : le courage de la vérité). […]

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  3. L’affiche est violente, certes et tous les représentants de la force publique ne sont pas visés par cette affiche qui est un cri d’alarme. Mais un coup est un coup de trop, un tabassage ne doit pas exister. Que les forces de l’ordre protègent les citoyens, c’est leur rôle ; neutraliser les fauteurs de trouble, c’est leur rôle mais un manifestant n’est pas un agresseur. Les casseurs qui agressent les forces de l’ordre et détruisent le mobilier urbain et les vitrines sur leur passage viennent pour « casser » et pas pour manifester; au contraire, ils discréditent les manifestants. Il appartient aux représentants de la loi de savoir distinguer les uns des autres.

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