Hommage à Albert Schweitzer, précurseur de la non-violence, homme de paix, défenseur des animaux

Albert_Schweitzer_1952Il y a 50 ans, le 4 septembre 1965 s’éteignait Albert Schweitzer à Lambaréné au Gabon. Cet homme a consacré son existence à la défense de la vie, sous toutes ses formes. Pasteur, théologien, médecin, philosophe, musicologue, militant pour la paix et la cause animale, il était avant tout un homme libre. Prix Nobel de la paix en 1952, son message était universel et il ne cessa de chercher à mettre en pratique ses idéaux. C’était un « idéaliste pratiquant », défrichant les chemins étroits entre entre « le juste » et « l’utile ».

L’impasse de la violence

Dans ses « Souvenirs de mon enfance », Albert Schweitzer écrit sa profession de foi : « A notre époque où la violence, sous le masque du mensonge, occupe, plus menaçante que jamais, le trône du monde, je n’en reste pas moins convaincu que la vérité, l’amour, l’esprit pacifique, la douceur, la bonté sont des forces supérieures à toute force. C’est à elles que le monde appartiendra, pourvu qu’un nombre suffisant d’hommes gardent dans leur âme et pratiquent dans leur vie, avec pureté et constance, l’esprit de charité, de vérité, de paix et de douceur« . La réflexion de Schweitzer sur la violence est toujours d’actualité. Son expérience lui a appris que la violence menait à une impasse : « Toute violence a en soi sa limite. Car elle enfante la violence contraire qui tôt ou tard l’égalera ou la surpassera« .

Face à la violence, Albert schweitzer plaide pour la débonnaireté, un terme biblique peu usité aujourd’hui et qui peut être compris dans le sens de l’humilité, la douceur et la bonté. « La débonnaireté, au contraire de la violence, agit par des moyens simples et continus. Elle n’engendre pas de résistance paralysante. S’il en existe, elle la dissipe, comme elle dissipe méfiances et malentendus. Elle se fortifie elle-même en suscitant la bonté. C’est pourquoi elle constitue la force la plus intense et la mieux appropriée. » Il est un optimiste de la volonté. Il croit en la force de la vérité dans des termes très proches de ceux utilisés par Gandhi et que l’on retrouve aussi dans le Tao Te King : « Toutes les semences de bonté qu’un homme répand dans le monde, lèveront un jour dans le coeur et la pensée des autres hommes. C’est de notre part coupable négligence, que de ne pas oser inaugurer résolument le régime de la bonté. Pauvres fous, nous voudrions soulever la masse pesante sans nous servir du levier qui centuple la force !« .

Le respect de la vie

Incontestablement, il fut un précurseur de la non-violence. Pour lui, la vie, toute vie est sacrée et doit donc être respectée. Lors d’un cours donné à l’université de Strasbourg en 1913, il affirme que « chaque être vivant est irremplaçable dans la chaîne de la vie ». Ce qui implique que nous ayons un devoir de « responsabilité envers tout ce qui vit ». Il précise que « le préalable de toute éthique est que nous ayons une compréhension non seulement de ce que ressentent les hommes, mais encore de ce qu’éprouvent tous les êtres qui vivent autour de nous et que, de ce fait, nous nous sentions l’obligation de faire ce qui dépend de nous pour maintenir et développer partout la vie ».

Il est très proche de la définition de la non-violence donnée par Gandhi en 1920. « La non-violence est l’absence complète de malveillance envers tout ce qui vit. La non-violence, sous sa forme active, est bienveillance envers tout ce qui vit ». Albert Schweitzer aura cette formule saisissante : « Je suis vie qui veut vivre parmi d’autres vies qui veulent vivre ». Influencé tout autant par le message évangélique que par les textes indiens, il introduira en Occident les textes jaïnistes célébrant l’ahimsa (non-violence).

Contre la souffrance animale

La non-violence s’applique également aux animaux dont Albert Schweitzer ne cessa de dénoncer les mauvais traitements qu’ils endurent. Il s’est efforcé tout au long de sa vie de sensibiliser ses contemporains à la souffrance animale.

Très jeune, il était déjà sensible au respect dû aux animaux. « Aussi loin que remontent mes souvenirs, écrit-il dans les Souvenirs de mon enfance, j’ai souffert des nombreuses misères qui accablent le monde. […] Je souffrais surtout à la vue des maux et des durs labeurs auxquels sont condamnés de pauvres animaux. Le spectacle d’un vieux cheval boiteux qu’on menait à l’abattoir de Colmar en le tiraillant à la longe par devant et en le frappant à coups de trique par derrière, me poursuivit pendant des semaines comme un cauchemar« . Pasteur, il dénoncera dans ses prédications « l’enfer » des supplices dans les abattoirs de Strasbourg. Il prêche pour sensibiliser ses paroissiens et les inviter à agir car il est impossible de se comporter en « spectateurs passifs ». Il faut « élever la voix à la place des créatures qui ne savent pas parler ».

Il n’a cure des accusations de sensiblerie et de sentimentalisme dont on l’affuble. Il les assume sans crainte et se protège en étant indifférent aux opinions des autres.

La philosophie occidentale a accrédité la domination de l’homme sur l’animal et au-delà sur toute la nature. Il en prend l’exact contre-pied, bien seul à son époque. « La grande lacune de l’éthique jusqu’à présent est qu’elle croyait n’avoir affaire qu’à la relation de l’homme à l’égard des humains. Mais en réalité, il s’agit de son attitude à l’égard de l’univers et de toute créature qui est à sa portée. L’homme n’est moral que lorsque la vie en soi, celle de la plante et de l’animal aussi bien que celle des humains, luis est sacrée, et qu’il s’efforce d’aider dans la mesure du possible toute vie se trouvant en détresse. […] L’éthique du comportement de l’homme envers les humains n’est qu’un fragment d’éthique« . Le meurtre de l’animal ne peut être acceptable que lorsqu’il est absolument nécessaire. C’est ainsi qu’Albert Schweitzer s’élèvera de toutes ses forces contre la chasse sportive et la corrida.

Contre la bombe atomique

Son dernier grand combat fut contre le développement des armes atomiques. Pour lui, « la guerre atomique ne connaît pas de vainqueurs, mais uniquement des vaincus. Chaque belligérant subit par les bombes et les projectiles atomiques de l’adversaire les mêmes dégâts qu’il lui inflige par les siens. Il en résulte un anéantissement continu auquel aucun armistice ni aucun traité de paix ne peuvent mettre fin« .

Le 23 avril 1957, il lance, sur les ondes de Radio Oslo, un Appel à l’opinion publique internationale afin qu’elle se mobilise pour contraindre les grandes puissances à mettre fin aux essais nucléaires. En tant que Prix nobel de la paix (1952), il met sa notoriété au service du combat anti-atomique. Diffusé dans plus de 140 pays, mais interdit dans plusieurs pays, à l’Est et à l’Ouest, son appel connut un très grand retentissement.

Ecoutons-le : « Nous sommes fondés de considérer chaque accroissement du danger existant – par la poursuite des explosions de bombes atomiques et la production d’éléments radioactifs qui en résulte – comme une catastrophe pour l’espèce humaine, catastrophe qui doit être empêchée, quelles que soient les circonstances. Il ne peut être question de se comporter autrement, quand ce ne serait que parce que nous ne pouvons prendre la responsabilité des conséquences possibles pour notre descendance. Elle est menacée par le plus grand et le plus terrible danger. Qu’on trouve ans la nature des éléments radioactifs créés par nous est un événement inconcevable jusqu’alors dans l’histoire de la Terre et de l’espèce humaine. Ne pas considérer l’importance de cet événement et ses conséquences serait une folie pour laquelle l’humanité aurait à payer un prix terrible. Nous commettons cette folie sans y penser. »

D’autres appels suivront. Ils ne seront pas sans influence. Le 25 juillet 1963, les Etats-Unis, l’Union Soviétique et le Royaume-Uni signent un traité d’interdiction partielle (dans l’atmosphère et sous l’eau) des essais nucléaires. C’est un premier pas salué par Schweitzer. Mais « le soleil ne se lèvera pour nous, déclara-t-il, que lorsqu’il sera mis fin à toutes les expérimentations nucléaires, y compris les souterraines. »

Beaucoup d’hommages lui furent rendus lorsqu’il décéda le 4 septembre 1965. Je retiendrai tout particulièrement celui de Martin Luther King : « Avec le Dr Albert Schweitzer disparait l’une des plus brillantes étoiles du firmament humain. Sa longue et riche carrière de savant et de bienfaiteur de l’humanité constitue l’une des épopées du XXe siècle. Elle inspirera les générations futures. Il était l’une de ces rares âmes généreuses de l’Histoire qui se consacrent au bien des autres.»

Sources :

Journal Réforme, 30 juillet 2015 (numéro spécial consacré à Albert Schweitzer).

Albert Schweitzer, Respect de la vie, Textes choisis et présentés par Bernard Kaempf, Ed. Arfuyen, 1990.

Albert Schweitzer, Paix ou guerre atomique, Albin Michel, 1958.

A noter que la chaîne HISTOIRE diffuse le film « IL EST MINUIT DOCTEUR  SCHWEITZER »  (1952) avec  Pierre  Fresnay et Jeanne  Moreau le jeudi 10 septembre à 20 h 45  sur la chaîne HISTOIRE (également édité en dvd chez René Château)

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