Par ce texte collectif, nous souhaitons réagir à la violence subie par des manifestant.es souvent jeunes et à l’instrumentalisation d’autres violences commises en marge des manifestations qui invisibilisent le message politique et la souffrance sociale de nombre de nos concitoyen.nes. Cette prise de parole publique entend réaffirmer que la non-violence est une stratégie de lutte capable d’amplifier la mobilisation et d’imposer le dialogue sur les revendications exprimées par le mouvement social.
Résister aux injustices et transformer la société
Les mobilisations sociales et citoyennes de la jeunesse suivies par d’autres groupes et mouvements expriment une profonde aspiration à la justice, à l’égalité et à la démocratie. Contre la précarité, les inégalités, les discriminations, les atteintes aux libertés, la dégradation des services publics et la destruction du vivant, des femmes et des hommes se lèvent, bloquent, manifestent, font grève, résistent et refusent la résignation.
Ces luttes prennent racine dans des réalités trop souvent ignorées : les violences économiques et sociales qui précarisent les existences, les violences racistes, sexistes, adultistes et discriminatoires qui bafouent la dignité humaine, les violences institutionnelles qui portent atteinte aux droits et aux libertés, les violences écologiques qui menacent les conditions mêmes de la vie. Ces violences systémiques appellent des résistances légitimes.
Nous, organisations engagées pour la non-violence, l’égalité des droits, la justice sociale et l’écologie, solidaires du mouvement de revendications actuel, voulons affirmer qu’il existe une force de résistance et de transformation sociale dont le potentiel demeure largement sous-estimé : la lutte non-violente.
La non-violence, une force de résistance et de rupture
La non-violence n’est ni la passivité, ni la résignation, ni la recherche du compromis à tout prix. Elle n’est pas davantage une invitation à modérer les revendications ou à renoncer au conflit. La lutte non-violente assume la confrontation avec les pouvoirs et les institutions qui entretiennent les injustices. Elle refuse simplement de confondre la force avec la violence.
Grèves, manifestations, boycotts, occupations, blocages non-violents, campagnes de non-coopération, actions directes et désobéissance civile constituent autant de moyens de construire un rapport de force collectif, de perturber le fonctionnement d’un système injuste et d’imposer la nécessité du changement.
La lutte non-violente tire sa puissance de la participation du plus grand nombre, de l’organisation collective, de l’unité, de la solidarité, de la créativité, de la discipline et de la détermination. Elle peut rendre possible l’engagement de personnes qui ne participeraient pas à des affrontements violents et renforcer ainsi la légitimité et l’ampleur des mobilisations.
L’histoire des résistances civiles montre que des mouvements non-violents de masse ont réussi à abattre des dictatures, à faire reculer des pouvoirs autoritaires, à obtenir des avancées sociales majeures et à transformer profondément des sociétés.
La non-violence n’affaiblit pas la lutte. Elle permet d’en déployer toute la puissance.
Résister sans reproduire la violence
Le choix de la non-violence repose également sur une exigence éthique : refuser de porter atteinte à l’intégrité et à la dignité des personnes, y compris de celles auxquelles nous nous opposons.
Certes, face aux injustices, la colère est légitime et nécessaire. Elle peut se traduire par de la violence destructrice et risquer ainsi de se retourner contre les mobilisations elles-mêmes. Mais elle peut devenir une force de transformation lorsqu’elle se traduit en action collective organisée.
Les moyens employés pour transformer la société ne sont jamais indifférents aux fins poursuivies. On ne construit pas une société libérée de la domination en reproduisant les logiques de déshumanisation et de domination que l’on combat.
Les affrontements spectaculaires, les vols ou les destructions de matériel occupent une place disproportionnée dans le traitement médiatique des manifestations. Ils relèguent au second plan les revendications légitimes, ils invisibilisent l’engagement de milliers de personnes et ils réduisent les mouvements sociaux à une question d’ordre public.
Face à un pouvoir qui dispose des moyens de la répression, choisir l’affrontement violent, c’est accepter de combattre sur le terrain où il est le plus puissant. C’est justifier un durcissement sécuritaire, décourager une partie de la population et fragiliser les solidarités indispensables à la réussite des luttes.
Nous refusons de croire que la violence serait le seul langage entendu par les « puissants ». La radicalité d’une lutte ne se mesure pas à la violence de ses moyens, mais à sa capacité de s’attaquer aux racines des injustices et de transformer les rapports de pouvoir.
La non-violence est ainsi indissociablement une éthique, une stratégie et une culture politique. Elle appelle à résister aux injustices tout en construisant, dans les luttes elles-mêmes, d’autres rapports humains et sociaux qui préfigurent un autre monde.
Faire entendre la force de la non-violence
Nous refusons que la non-violence soit confondue avec la soumission à l’ordre établi. Nous refusons également qu’elle soit instrumentalisée pour délégitimer les mobilisations populaires, exiger le silence des personnes opprimées ou justifier la répression.
La non-violence ne demande pas moins de combativité. Elle appelle à une résistance déterminée, organisée, inventive, capable de durer, de rassembler et de faire reculer les injustices.
Nous appelons les organisations syndicales, les collectifs citoyens, les mouvements sociaux, écologistes, féministes, antiracistes, enfantistes et toutes les personnes mobilisées pour la justice et les libertés à s’approprier les ressources de l’action non-violente, à développer les formations, à partager les expériences et à renforcer les solidarités.
Nous voulons contribuer à faire de la non-violence une force politique et sociale pleinement reconnue, au service des luttes d’émancipation. Soyons clairs : la non-violence ne vise pas à rendre les luttes plus acceptables pour le pouvoir. Elle vise à les rendre plus puissantes pour le faire céder.
Nous avons besoin d’une résistance plus forte, plus large, plus déterminée, capable de transformer durablement la société. La non-violence est le choix de donner à la lutte toute sa force.
Signataires : ANV (revue Alternatives Non-Violentes), CANVA (Construire et Alerter par la Non-Violence Active), Centre de ressources sur la non-violence, Communauté de l’Arche de Lanza del Vasto, CAP (Coopération A la Paix), Les Désobéissants, Fondation Alakazam, Forum Prépare la Paix, Génération Médiateurs, IPP (Institut Pour la Paix), IRNC (Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits), Laboratoire de la non-violence active, MHD (Management Humain Durable), MAN (Mouvement pour une Alternative Non-violente), MIR (Mouvement International de la Réconciliation), Non-Violence XXI, Observatoire de la non-violence, Podcast La Force de la Non-violence, Pressenza, Repenser la sécurité France, Sortir de la violence, Stop Fuelling War.
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