Le sourire de Mbappé

Nombreux sont ceux qui ont salué l’attitude exemplaire de Kylian Mbappé lors du match de coupe du monde de football France – Paraguay, samedi dernier. Dans un contexte d’adversité brutale, le capitaine de l’équipe de France a répondu aux provocations par le calme, le sourire et l’absence de tout geste violent. Certains ont même reconnu qu’à sa place, dans le même contexte, ils n’auraient peut-être pas su résister à la tentation de rendre coup pour coup. C’est dire la grande maîtrise de soi dont il a fait preuve.

Pour ma part, j’y ai vu une attitude qui relève directement de ce que nous appelons la non-violence. Ici, celle-ci a consisté à ne pas se laisser déterminer par la violence de l’autre. Beaucoup auraient compris qu’il perde son sang-froid, qu’il réponde par l’insulte ou même par un geste de violence. Mais le joueur du Real Madrid a refusé de laisser l’adversaire prendre possession de sa conduite.

Le sourire qu’il affichait n’était pas un sourire de moquerie ni de supériorité. Il apparaissait plutôt comme une manière bien à lui de désamorcer le conflit, et de ne pas laisser transparaître sa colère. Ce sourire adressé à son adversaire, impressionnant et presque incompréhensible dans un tel contexte, semblait lui signifier : « tu ne m’entraîneras pas sur ce terrain là ».

Gandhi nous a montré que la première victoire est la victoire sur soi-même. Dans un stade comme ailleurs, parvenir à ne pas répondre à la violence par la violence constitue déjà une forme de victoire. Et la victoire de l’équipe de France, à l’image de l’attitude de son capitaine, ne s’est pas seulement reflétée dans le score final, elle fut aussi une victoire de l’intelligence émotionnelle d’un collectif capable de rester maître de lui-même sous la pression d’adversaires particulièrement brutaux, et très peu fair-play.


En savoir plus sur Chemins de non-violence

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

3 réflexions au sujet de « Le sourire de Mbappé »

  1. Avatar de hélène Bourdelhélène Bourdel

    Kilian Mbappé ne sourit pas, il rit, d’un rira tranquille! et il a raison: il sait que l’autre a commis une faute, que ça va lui donner un penalty à tirer, et qu’il est lui-même l’un des meilleurs buteurs du monde! C’est le rire qui dit: tu me donnes la victoire! C’est l’attitude de quelqu’un qui ne se laisse pas emporter dans l’instant, mais qui garde la vision globale de la situation et voit loin. Ce qui est aussi un élément de toute lutte non-violente!

    J’aime

    Répondre ↓
  2. Avatar de richard pétrisrichard pétris

    Bravo Alain !

    Plus qu’au sourire de Mbappé qui le valait bien, c’est l’événement que constituent désormais ces phénomènes de société que sont les matches de foot et cette rencontre en particulier, qui méritaient ta réflexion sur les vertus sportives de la non-violence.

    Je t’accompagne volontiers dans un enchaînement de passes, de dribbles et, finalement de buts, pour souligner toute la valeur de ce mode de confrontation humaine comparativement et indéniablement plus inoffensif que les désastreuses montées aux extrêmes auxquelles nous a trop souvent conduits le règlement de nos conflits de société associant – inévitablement ? – la politique et la violence. C’est un immense débat dont on ne verra jamais la fin, mais il est certainement utile d’approfondir ce que nous disent de l’évolution pacifique, en dépit de ses lenteurs, le glissement progressif de la fin d’un ordre militaire en même temps que la place toujours plus grande que semble décidément devoir prendre l’activité sportive.

    Oui, il faut sans cesse « creuser » pour construire la paix et il y a matière à réflexion avec la place qu’occupe la compétition sportive dans ce défi puisque l’on convient de plus en plus qu’il s’agit aujourd’hui, au bout du compte, de rendre notre planète « habitable ». Et de s’intéresser de nouveau aux objectifs de l’olympisme relancés par Pierre de Coubertin, mais non exempt de critiques, y compris celle d’un Albert Jacquard contestant le principe du classement. Et pourtant !

    Mais pour s’en tenir à ce que nous a montré le match des joueurs français contre les joueurs paraguayens, si l’on a remarqué le sourire de Mbappé, il faut souligner combien il a semblé déteindre sur le « collectif » des « Bleus » et traduire une manifeste volonté de non-violence. Remarquer particulièrement dans un tel contexte le comportement et le savoir-faire de l’entraineur Didier Deschamps, intervenant à plusieurs reprises depuis le bord du terrain pour tempérer l’ardeur de ses joueurs et les encourager à garder leur calme et à la retenue.

    Ces quelques remarques pour insister sur ce que le « terrain » nous a montré d’un mélange d’attitudes et de comportements sans doute encouragés, enseignés d’une certaine façon et conduisant à un résultat positif ! Cette compétition peut en dire long sur l’éducation et sur l' »entraînement » à la non-violence pour aujourd’hui et constituer, en quelque sorte, un cas d’école « de la paix » évidemment !

    J’aime

    Répondre ↓

Laisser un commentaire