Municipales à Colomiers (épilogue) : un immense gâchis pour l’écologie et la démocratie

Le second tour des élections municipales à Colomiers n’a connu aucune surprise. En frôlant la barre des 50%, la majorité sortante a été confortablement réélue, ce qu’elle même, avant le 1er tour, n’avait probablement jamais envisagé. Malgré l’augmentation de 2% de l’abstention au second tour, la liste de la maire sortante a réussi à engranger 450 voix de plus, ce qui est assez remarquable. Si la victoire est incontestable, elle ne doit cependant pas faire oublier que seulement 40% des électeurs se sont déplacés. Ainsi, seulement 1 électeur inscrit sur 5 a voté pour la liste Esprit Colomiers de la maire sortante. La nouvelle majorité représente 20% de l’électorat, ce qui ne manque pas de questionner sur l’étroite légitimité démocratique d’une municipalité élue dans des conditions aussi particulières.

Le “beau score” de Vivre Mieux…

Cependant, contrairement à ce que nous pensions pendant la campagne, la majorité sortante n’a pas suscité un rejet massif de l’électorat. Sa gestion rassurante et sans surprise de la ville, sa capacité à s’adapter (du moins en surface) en reprenant à son compte des idées de ses adversaires, son incontestable stabilité (malgré quelques départs en cours de route), tout cela conjugué à des moyens puissants de communication et à un contexte de crise sanitaire qui n’incitait pas à l’aventure et au changement, lui ont permis d’assurer une nette avance au premier tour préfigurant une victoire tranquille trois mois plus tard. Elle a en outre bénéficié de l’effet “rassemblement” à gauche, avec les étiquettes EELV et PC qu’elle n’avait pas en 2014. Dans une ville qui vote majoritairement à gauche, cet affichage a incontestablement fonctionné au détriment notamment de la liste Vivre Mieux qui s’affichait écologiste, mais sans référence à la gauche, du moins au premier tour.

La lourde défaite de la liste Vivre Mieux Ensemble à Colomiers est certainement l’autre fait marquant de cette élection. 27% au premier tour (15 points derrière Esprit Colomiers) et 28% au second tour, malgré la fusion avec la liste Réconcilions Colomiers, soit 21 points d’écart !). La fusion a abouti à une soustraction (avec moins de 70 électeurs pour Vivre Mieux au second tour). La claque est tellement vertigineuse qu’il faut bien parler de déconfiture magistrale. En 2014, 1 point séparait les deux listes au second tour, soit 198 voix… La tête de liste de Vivre Mieux, dans le déni public de cette défaite, communique sur son “beau score” quelques jours après le second tour… La grandeur d’un homme politique, c’est de reconnaître ses échecs, mais aussi ses erreurs, ce que semble incapable de faire Patrick Jimena qui portait jusqu’à peu l’espoir de nombreux columérins.

Quant à la liste Osons une autre histoire de Damien Laborde, son score s’est situé pratiquement au même étiage qu’en 2014, avec toutefois un meilleur score au second tour. Elle a commis l’erreur au 1er tour de se prévaloir du soutien de “la majorité présidentielle”, empêchant ainsi un plus large rassemblement, même si sa liste était très ouverte à la société civile. Au second tour, débarrassée des étiquettes politiques, elle a pu bénéficier de nouveaux soutiens, notamment de membres de Vivre Mieux, écoeurés par l’attitude de la tête de liste de Vivre Mieux. Favorable à la fusion avec Vivre Mieux, Damien Laborde s’est heurté à un concurrent qui n’avait pas la volonté de dialoguer. Après 12 années de mandat, il a décidé de tirer sa révérence pour laisser la place à d’autres, y compris à Toulouse Métropole.

Le déni de démocratie

Il nous faut revenir encore une fois sur la triste aventure de Vivre Mieux. La fusion incomprise entre les deux tours, que la DDM a appelé avec raison le “mariage de la carpe et du lapin”, a été réalisée au mépris de toute considération démocratique. Nous l’avions déjà évoquée dans notre précédent article du 2 juin, au dernier jour du dépôt des listes du second tour. Peu de temps après (le 19 juin), un communiqué publié par trois anciens colistiers démissionnaires de la liste Jimena (Voir ici La Dépêche du Midi), dénonçait l’opacité dans laquelle cette fusion avait été opérée. “Le principe et les modalités de cette fusion, affirmaient les trois anciens colistiers de Jimena, n’ont pas été débattues collectivement par l’ensemble du groupe”. “Ces pratiques, poursuivaient-ils, nous semblent bien éloignées des valeurs démocratiques qui devaient être la pierre angulaire du projet pour répondre à l’urgence sociale et écologique”. On ne saurait mieux dire. Nous pourrions également citer de nombreux messages internes à la liste VMEAC qui se sont offusqués de l’autocratisme de la tête de liste.

Nous avions de notre côté déjà relevé que la volonté majoritaire des candidats de la liste Vivre Mieux n’avait pas été respectée après le vote du soir du 1er tour. 85% des membres de la liste avaient en effet exprimé leur souhait d’une fusion, prioritairement avec la liste de Damien Laborde, Osons une autre histoire pour Colomiers. Cette volonté majoritaire a été balayée d’un revers de main pour aboutir à une farce politique de très mauvais goût qu’il faut bien appeler pantalonnade jimenesque, le burlesque en moins, le déshonneur en prime.

La liste écologiste et citoyenne perd ses écologistes…

Que s’est-il passé ? Lors de cette fusion, les insoumis ont pris le dessus sur les écologistes dans l’ordonnancement de la liste, sans doute pour mieux faire passer la pilule de cette fusion avec un dissident de LREM. Nathalie Oustric est passée de la 6ème à la 4ème place et Daniel Authier est passé de la 11ème à la 7ème place et devenait potentiellement éligible en cas de défaite. En général, dans une fusion, c’est plutôt l’inverse qui se produit. On régresse dans le positionnement sur la liste puisqu’il faut intégrer des candidats d’une autre liste… Toutefois, la fusion avec l’actuel suppléant de Monique Iborra (député LREM) est mal passée chez de nombreux militants de gauche. Les insoumis de la liste, eux-mêmes, n’ont pas manqué de faire savoir leur embarras, y compris sur les réseaux sociaux… D’autant que La France insoumise, au plan national, avait dénoncé cette fusion et ne soutenait plus la liste Vivre Mieux… Last, but not least, au lendemain de son élection, Nathalie Oustric démissionnait du conseil municipal et laissait la place à une élue de la liste Kaczmarek…

En remontant les insoumis et en accordant deux places potentiellement éligibles à la liste Kaczmarek (à la 5ème et à la 6ème place), la liste Vivre Mieux a rétrogradé la candidate du Parti animaliste, Amandine Harrault, de la 4ème à 8ème place. Celle-ci n’était donc plus éligible, sauf bien sûr en cas de victoire. Cette rétrogradation incompréhensible, tant la question animale avait été un marqueur de la liste Vivre Mieux, a fait perdre le soutien du Parti animaliste à la nouvelle liste fusionnée, soutien pourtant important dans la dynamique du 1er tour. Lors de la soirée publique du 26 février consacrée à “Demain, l’écologie dans notre ville”, un temps important de parole avait été accordé au représentant régional du Parti animaliste. La cause animale a bien été la première sacrifiée de la fusion. Amandine Harrault aurait dû être élue et elle aurait défendu, dans la continuité de ce que j’ai fait pendant ce mandat, la cause animale si peu prise en compte à Colomiers.

De plus, plusieurs écologistes présents au premier tour sur la liste VMEAC étaient absents de la nouvelle liste Vivre Mieux. Certes, ils n’étaient pas très nombreux et déjà pas en position favorables, mais leur refus de participer à la nouvelle liste était hautement significative : Gwenaël Fillon, qui fut un temps membre de “Nouvelle Donne”, Xavier Chenin, créateur de l’association “K Net Partage” (ramassage et recyclage des cannettes abandonnées dans la nature), Jacqueline Nadaud, militante de la cause animale et fondatrice du collectif anti-linky de Colomiers, et enfin moi-même, membre de la Révolution Ecologique pour le Vivant (REV), parti qui ne soutenait plus cette liste au second tour. Il ne restait plus qu’un seul écologiste estampillé, Yves Bouche, représentant de Génération Ecologie, en position non éligible. Ainsi, la liste “écologiste et citoyenne”, en fusionnant avec Réconcilions Colomiers, a perdu la plupart des écologistes qui refusaient de cautionner la stratégie perdante du second tour.

La fermeture et l’isolement

Cette fusion sans élan n’était pas le signe d’une ouverture. La véritable ouverture aurait été de rassembler toute l’opposition dans un processus réellement démocratique, dans un dialogue ouvert et sincère avec l’objectif de créer une dynamique de victoire pour le second tour. Elle fut en réalité le signe d’une fermeture avec quelques fidèles et quelques autres aveuglés par leur besoin de reconnaissance. Après avoir refusé de parler avec celles et ceux qui n’étaient pas en phase avec la ligne du leader, après avoir exclu les membres les plus gênants de la liste, après avoir refusé le dialogue avec Damien Laborde, nous avons vu la tête de liste de Vivre Mieux dans une posture qui en dit long sur son affiche de second tour. Une posture qui rime avec fermeture. Les bras croisés… Tout psychologue de bas étage sait la signification de ce geste : l’auto-étreinte, le repli sur soi, l’isolement, la volonté de créer une barrière entre soi et les autres. Tout un symbole ! Et quel contraste avec l’affiche du 1er tour où, la main ouverte, tenant un sablier, Patrick Jimena voulait incarner l’indispensable changement de cap face aux risques écologiques à venir.

L’écologie aura ainsi été à Colomiers la grande perdante de ces élections, alors que dans beaucoup de moyennes et de grandes villes, elle a été en progression, tant par le nombre d’élus que dans la prise en compte des enjeux de la transition écologique. Sur les 39 élu-e-s de la ville, combien peuvent se dire réellement écologistes ? Une petite poignée. Si la majorité peut se prévaloir de la présence de trois élues EELV en son sein, cela ne signifie aucunement sa conversion à l’indispensable transition écologique, qui sera utilisée comme d’habitude comme un élément de communication, mais sans changement notable et durable dans la politique réelle de la ville. Quant à Patrick Jimena qui voulait faire de Colomiers “la capitale de l’écologie”, il utilisera à nouveau (et seulement) son pouvoir de parole, mais sera bien isolé, tant au conseil municipal de Colomiers, qu’au conseil de Toulouse Métropole où il ne siègera dans aucun groupe.

Le clan PS garde le pouvoir

Ainsi, à Colomiers, rien ne change. La ville est toujours tenue par le clan PS qui verrouille la majorité municipale, malgré sa perte de vitesse constante à toutes les élections. Les pseudos partenaires (EELV et le PC) qui n’ont en effet eu droit qu’à des miettes seront les faire-valoir utiles du système politicien en place depuis des décennies. L’opposition fera au mieux de la figuration, même si elle aura à coeur de participer davantage aux commissions, (cela enlèvera un argument à la maire qui en a plus qu’abusé dans le précédent mandat) ; mais cette participation “constructive” sera bien entendu tournée à l’avantage de la majorité qui, de toute façon, mettra en oeuvre l’essentiel de son programme, tout en faisant peut-être mine d’écouter ses adversaires, ce qui serait un mieux. Les nouvelles initiatives citoyennes (par exemple, sur le plan de la solidarité, de l’écologie ou de la sécurité) qui pourraient émerger seront, comme toujours, absorbées et récupérées par le système en place. Il en sera de même des “nouveaux leaders” qui auront des vélléités politiques, comme le fut un temps François Birolli, intégré au final dans la liste de la maire sortante. Colomiers reste une ville où tout doit être sous contrôle. L’apparence, encore, tiendra lieu de ligne directrice. Dans le seul objectif de maintenir le pouvoir au sein d’un clan qui se perpétue de génération en génération.

Les écoles resteront en souffrance compte-tenu de leur taille démesurée ; l’urbanisation effrénée qui a grignoté tant d’espaces de verdure rendra la ville encore plus difficile à vivre ; Les timides intiatives qui verront le jour dans le sens de la transition écologique ne constitueront pas des éléments de rupture suffisants pour modifier une ville bétonnée, où la voiture reste reine ; la police municipale n’aura pas les moyens à la hauteur des besoins d’une véritable police de proximité ; la jeunesse, tout comme les séniors, seront encore les grands oubliés de cette ville, sauf pour quelques opérations ponctuelles valorisées dans Le Columérin ; les petits commerces du plein centre continueront de fermer accentuant ainsi sa désertification ; la démocratie locale restera en surface avec des conseils de quartiers faire-valoir, mais sans réel pouvoir ; la culture, malgré l’ouverture attendue du nouveau cinéma, n’égalera toujours pas la programmation des villes voisines ; et les employés municipaux devront encore subir la chape de plomb de l’autoritarisme, de l’absence de dialogue et des décisions arbitraires.

Et demain ?

Nous savions qu’à Colomiers, la seule chance de l’opposition ne pouvait être que dans le rassemblement. La division de l’opposition en trois listes (je mets de côté la liste Lutte ouvrière) lui a été fatale. J’étais de ceux qui ont tenté, au printemps 2019, de susciter un large rassemblement dès le 1er tour, mais l’initiative était déjà trop tardive, les principaux protagonistes étant déjà dans les starting blocs. C’était pourtant l’un des enseignements de 2014 : aucune liste ne peut gagner seule face à la machine de guerre socialiste. En 2020, les logiques personnelles et partidaires ont eu raison de cette exigence de rassemblement tant au premier tour qu’au second tour. Pour l’avenir, il faudra s’en souvenir. Le rassemblement, certes, mais avec une tête de liste crédible qui incarne une alternative sérieuse au système en place. Autant dire que cette personne n’existe pas encore à Colomiers… Il faudra cependant beaucoup de courage, d’abnégation et de volonté à toutes celles et à tous ceux qui voudront relever ce défi dans six ans. En s’y mettant tout de suite…

Nous savons désormais ce qu’il ne faut plus faire et surtout avec qui il ne faut plus le faire. Malheureusement, il est à craindre que certains des acteurs qui ont échoué en 2020 n’aient pas l’intelligence et la sagesse de comprendre qu’il est temps de laisser la place à d’autres, comme a su le faire Damien Laborde. A Colomiers, demain risque bien de ressembler encore à aujourd’hui et hier.

Une réflexion sur “Municipales à Colomiers (épilogue) : un immense gâchis pour l’écologie et la démocratie

  1. Je crois de plus en plus que l’acte politique essentiel aujourd’hui, c’est d’abandonner provisoirement l’arène électorale et de prendre la rue façon gilets jaunes et bien d’avantage. Le seul rapport de force réellement démocratique va se jouer là, pas, comme tu le soulignes Alain, avec des élus qui gouvernent (comme Macron ou comme les « gagants » à Colomiers, avec 80% et plus du corps électoral contre eux). Il n’y a plus que ça, je le dis depuis 15 ans après 10 ans de militantisme intense chez les Verts qui, pour moi, ne valent plus rien depuis bien longtemps.
    Le changement doit être plus profond que le carnaval électoral honteux auquel nous sommes soumis.
    Mettons l’énergie de nos engagements où il le faut réellement et abandonnons ces rampants du pouvoir : nous le reprendrons par les urnes lorsque le rapport de force sera réel. Etablissons-le ! Dans le non-violence bien entendu… mais hélas, au bout de tant d’années de rien du tout, la violence risque de prendre le dessus, nous n’en sommes hélas pas loin, je pense même que cela a commencé. Il reste peu de temps pour établir autre chose. Et arrêtons de croire aux urnes comme des enfants au Père Noël. C’est URGENT !

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