Municipales à Colomiers (suite 2) : l’échec du rassemblement de l’opposition pour le second tour

Dans mon précédent article (ici), j’exposais les raisons éthiques qui m’ont éloigné définitivement de la liste Vivre Mieux Ensemble à Colomiers. Il est temps d’aborder les raisons politiques. Les deux sont d’ailleurs étroitement liées. L’incapacité de Vivre Mieux à structurer le rassemblement de l’opposition aboutit aujourd’hui à une triangulaire au second tour, comme en 2014, qui fait les affaires de la maire sortante.

Au soir du 1er tour, le 15 mars, c’est la douche froide. La liste Vivre Mieux Ensemble à Colomiers arrive en seconde position avec seulement 27% des voix et 15 points derrière la liste Esprit Colomiers de la maire sortante. Notre objectif était fixé à 32% pour prétendre créer une dynamique victorieuse de second tour, et à condition que l’écart avec la liste Esprit Colomiers n’excède pas 5 points. Trop rapidement, certains ont voulu mettre sur le compte de l’abstention, ce score décevant. En réalité, l’analyse des résultats montre que l’abstention (58%) a touché toutes les listes, avec la différence non négligeable qu’ Esprit Colomiers a su davantage mobiliser son électorat. Une participation “normale” autour de 60% n’aurait pas fondamentalement changé les résultats du 1er tour.

Au soir du 15 mars, les membres de la liste Vivre Mieux et les sympathisants réunis, à l’issue d’un long débat, votaient à 85% pour le principe d’une fusion avec la liste Osons une autre histoire de Damien Laborde, fusion assortie de plusieurs conditions politiques. Le score de 27% réalisé par “Vivre Mieux Ensemble à Colomiers”, très en deçà de nos espérances, et surtout le score inattendu de 42% de la liste de la maire sortante, imposaient une tentative de rassemblement de l’opposition (toujours majoritaire), d’abord avec la liste de Laborde ayant obtenu 23%. Seule la tendance “insoumise” de la liste votait contre un tel rassemblement. Ce rassemblement se justifiait d’autant plus que 90% des programmes des uns et des autres étaient compatibles.

Un mois et demi après le 1er tour, la tête de liste de Vivre Mieux n’avait toujours pas pris contact avec les deux autres concurrents susceptibles de fusionner au second tour. Et lorsqu’à la fin avril, le contact fut établi à l’initiative de Laborde, ce fut pour qu’il s’entende dire, à sa grande stupéfaction, que rien ne pressait… Ainsi, la fusion voulue par une écrasante majorité (85%) des membres de la liste Vivre Mieux était d’emblée plombée de par la seule désinvolture de son leader qui finira par planter le deuxième rendez-vous téléphonique, lundi 4 mai. Depuis, aucun appel téléphonique de Jimena à Laborde ; à l’inverse, Laborde a tenté à plusieurs reprises de joindre Jimena, sans succès… C’est précisément cette désinvolture conjuguée à un comportement surprenant tout au long de la campagne (que j’ai évoqué dans mon précédent article) qui a suscité de grands remous au sein de la liste, plus d’un mois après le début du confinement. Et ma démission, le 19 avril.

Lorsque j’ai démissionné du Comité de campagne de Vivre Mieux, j’ai souligné que la tête de liste n’avait aucunement l’intention de fusionner avec la liste de Damien Laborde. Ainsi, à une question précise de son “directeur de campagne” sur ses intentions pour le second tour, lors de la conférence téléphonique du 19 avril, il n’a apporté aucune réponse à cette question essentielle. Louvoyer, gagner du temps, donner l’illusion d’une volonté de rassemblement à la majorité de la liste, tout en tenant le discours contraire à la frange “insoumise”, faire patienter les deux listes concurrentes qui étaient favorables à la fusion, telle fut l’attitude constante et, il faut bien le dire irresponsable, de Patrick Jimena.

Celui-ci ne voulait pas de la fusion avec la liste Osons une autre histoire de Damien Laborde, liste soutenue par En Marche au 1er tour, pour une raison bien simple. L’élection municipale passée (et forcément perdue !), il n’aura qu’un objectif : obtenir l’investiture de La France Insoumise pour les élections législatives de 2022 ou avant, si le calendrier politique venait à être chamboulé. Ainsi, avant le premier tour, il se raconte qu’il a passé beaucoup de temps aux côtés, non pas de ses colistiers…, mais des candidats de la liste citoyenne de Tournefeuille (menée par Stéphane Mériodeau et Nadine Stoll, elle-même de la France Insoumise et ex-candidate aux législatives aux côtés de Patrick Jimena). Fusionner avec Damien Laborde aurait eu pour conséquence de le sortir des radars de la France Insoumise sur la 6ème circonscription pour 2022…

L’autre raison, qui est peut être la plus importante et qui explique l’absence de volonté de rassemblement susceptible d’être victorieux, c’est que Patrick Jimena, au fond de lui, ne veut pas être maire de Colomiers. Il me revient une anecdote assez éclairante. C’était précisément le 26 février 2013 (merci les archives !). Une rencontre entre EELV, les citoyens socialistes et le Front de gauche était organisée pour réfléchir à la possibilité d’une liste commune avec François Dumas. La réunion était tendue malgré la volonté de rassemblement. La question de la tête de liste, non négociable pour EELV à ce moment-là, avait mis en colère Patrick Jimena. Quittant la réunion, il avait lâché le fond de sa pensée pour signifier qu’il n’avait pas d’ambition personnelle : “Qu’on se le dise, je ne veux pas être maire de Colomiers !” 18 personnes étaient présentes. Je crois que c’est toujours le fond de sa pensée et que cela éclaire son attitude qui a pu apparaître déroutante durant cette campagne.

Au lieu de prendre le temps de travailler les conditions d’une fusion des trois listes d’opposition (et il y avait le temps !), sur des bases claires, où aucune concession n’aurait été faite sur le projet et où les étiquettes politiques auraient été mises au placard, le comité de campagne de Vivre Mieux a passé son temps à gérer les conflits internes au groupe qui se sont multipliés à la faveur du confinement. Mais aussi à concocter un “appel au rassemblement” qui a été adressé à toutes les têtes de liste du 1er tour le 18 mai. Cet appel visait à mettre sur pied une “union politique et citoyenne” de toutes les listes présentes aux élections municipales. Oui, de toutes les listes… Dès le départ, c’est à dire au début de la période de confinement, j’avais exprimé des réserves quant à ce projet bancal, puis j’ai fini par afficher mon désaccord politique. Il n’appartient pas en effet à un challenger de l’élection, plus exactement à un candidat en passe de perdre l’élection…, de lancer un appel de type “républicain”. Cela ne pourrait être le fait que de la maire sortante qui, en fonction de circonstances exceptionnelles, considèrerait que l’heure présente mérite le dépassement des clivages politiques pour la gestion commune de la ville. Le plus grave, c’est que dès le départ, il était entendu par le comité de campagne que la maire sortante dirait non à ce projet d’union… Peu importe au demeurant ce que dirait les autres listes, l’important était d’avoir la bonne conscience d’avoir tenté un coup politique, mais surtout d’avoir donné l’illusion d’une volonté de rassemblement.

Qui ne voit finalement qu’un tel appel manquait totalement de crédibilité : passons sur son contenu qui n’est qu’une synthèse (plutôt réussie d’ailleurs) de textes qui circulent au plan national depuis plusieurs semaines sur internet à propos du “monde de demain”. Mettons de côté le caractère grandiloquent de la démarche… N’est pas le général de Gaulle qui veut… Ce qui est surtout risible, c’est le moment où ce texte est paru. En pleine crise interne de la liste Vivre Mieux Ensemble à Colomiers et, surtout, juste après l’échec des premières tentatives de dialogue en vue de la fusion au second tour. Comment prendre au sérieux la volonté de créer “un nouveau cadre démocratique”, quand on a été incapable, dans la campagne, d’instaurer une véritable démocratie dans le groupe Vivre Mieux ? Comment ne pas s’étrangler quand on lit qu’ “il est donc temps de se parler, de s’écouter, de se respecter afin de créer ensemble un projet commun”, quand on a été incapable d’appliquer ces beaux principes avec ses propres colistiers ? Comment ne pas sourire jaune enfin quand on affirme que “la réussite de ce projet passera par notre capacité d’assumer un pluralisme authentique”, quand on a été incapable d’accepter la moindre divergence de vue et d’opinion en interne pendant et après la campagne de 1er tour ?

Appeler à une “union politique et citoyenne”…, un acte incantatoire qui a fait flop, tant la crédibilité de son auteur est plus qu’entamée sur la scène politique columérine. La maire sortante, comme prévu, a donné une fin de non recevoir à cette idée saugrenue de s’allier avec un ennemi politique, qui plus est “électron libre”. Damien Laborde n’a pas daigné répondre à Jimena qui n’a jamais pris la peine de l’appeler pour dialoguer. Le seul à avoir répondu positivement n’est autre qu’ Eric Kazmareck (liste Réconcilions Colomiers), disqualifié pour le second tour (avec 5,9%), mais en capacité de fusionner. Ennemi juré de Damien Laborde qui lui a “volé” l’investiture d’En Marche, il n’a fait aucun effort pour dialoguer avec lui et n’a pas eu beaucoup à forcer pour obtenir un accord avec Jimena. Une aubaine en réalité pour Vivre Mieux qui se débarasse ainsi des colistiers qui ont démissionné ou émis des critiques durant la campagne et après. Ainsi, seize colistiers de Kazmareck intègrent la liste fusionnée, soit 41% ! Pour une liste qui a fait moins de 6% au 1er tour, et quatre fois moins de voix que Vivre Mieux, c’est inespéré… Mais cela démontre surtout l’ampleur de la crise chez les colistiers de Jimena qui avait besoin de cet apport consistant pour déposer sa liste fusionnée. L’histoire retiendra que le candidat de la France insoumise aux législatives de 2017 a fait alliance avec l’actuel suppléant de la députée En Marche Monique Iborra, elle-même adversaire de Patrick Jimena aux législatives de juin 2017. Cela n’a pas trop géné finalement les faux insoumis de la liste qui n’ont en tête que le coup d’après… On peut déjà parier que l’attelage baroque Jimena – Kazmareck ne tiendra pas très longtemps au conseil municipal…

En réalité, cet appel, dès le début, n’était qu’un écran de fumée au résultat prévisible pour surtout ne pas se compromettre à l’arrivée. Et justifier ainsi un maintien de la liste au second tour afin d’assurer une élection de Jimena au Conseil de Toulouse Métropole. Ce qui est le seul objectif inavoué de toute cette mascarade qui, de fait, favorise la réélection de la maire sortante. Incapable de parler en interne des sujets qui fâchent, incapable de la moindre autocritique, incapable de dialoguer avec ses concurrents qui voyaient pourtant en lui le leader naturel de l’opposition, la tête de liste de Vivre Mieux Ensemble à Colomiers a montré dans cette campagne qu’elle n’avait pas la stature pour rassembler largement et surtout qu’elle n’avait pas l’envergure pour devenir le maire de Colomiers.

Si Patrick Jimena avait réellement eu l’ambition de rassembler et de travailler avec d’autres, il n’aurait, par exemple, pas mégoté face à la proposition de bon sens solidaire de l’élu de droite Laurent Laurier qui a proposé à tous les élus de reverser leur indemnité de conseiller municipal (perçue depuis le 15 mars) à des associations de solidarité actives sur la ville. Ce que sept élus d’opposition ont accepté. Au lieu de cela, il n’a eu de cesse de publier sur Facebook des messages, souvent hors-sol, qui le mettent en lumière, et qui contribuent à entretenir une image qu’il façonne à sa guise pour l’édification des masses. Pourtant, cette initiative de solidarité a permis à des élus de bords différents de dialoguer et d’agir ensemble. Elle a abouti symboliquement à la création d’un nouveau groupe d’élus pour le conseil municipal du 3 juin (reporté au 9 juin), nommé “Colomiers Vivante et Solidaire”. Patrick Jimena et Eric Kazmarek, tout à leurs petits calculs, n’ont pas saisi l’occasion de montrer, par un acte concret, qu’ils étaient réellement favorables au rassemblement de l’opposition.

Les défaites électorales successives de Jimena depuis 2014, dont il ne tire jamais les leçons, laissent, à chaque fois derrière elles, un champ de ruines. Depuis dix ans (2011), rien ne se construit dans la durée parce que rien n’est fait pour que les énergies mobilisées le temps d’une campagne se structurent dans un collectif durable avec des objectifs précis. Que de temps perdu, que d’énergies gaspillées depuis dix ans ! Des dizaines de personnes à Colomiers, depuis 2011, pourtant très volontaires au départ, n’ont jamais pu s’inscrire dans la durée d’un travail collectif faute de la volonté du leader, toujours accaparé par mille choses importantes et éparpillé entre mille initiatives et idées toujours prioritaires. Le résultat est catastrophique. En un mandat, il aura perdu tous ses colistiers au sein du groupe Vivre Mieux à Colomiers : 2 ont démisionné, 3 élues sont parties dans la majorité, et les trois derniers viennent de le quitter pour fonder un groupe éphémère pour le conseil municipal du 3 juin. Oui, un champ de ruines…

La politique est d’abord une affaire de convictions, mais aussi d’actes authentiques en cohérence avec ses convictions. J’ai démissionné d’EELV en décembre 2015, lors des élections régionales, au moment de la fusion entre le PS et la liste écologiste Nouveau Monde dont faisait partie Patrick Jimena… Son éviction sur cette liste fusionnée, suite aux pressions du PS local, m’avait conduit à quitter ce parti que, sur Colomiers, j’avais pourtant créé avec lui en mai 2011. Aujourd’hui, j’ai quitté Vivre Mieux et un compagnon politique (qui était bien plus que cela… enfin du moins je le pensais…), car je ne saurai transiger avec certains principes. L’écologie dont je me revendique fait sienne la philosophie de Gandhi : “la fin est dans les moyens comme l’arbre dans la semence”. On ne peut tricher indéfiniment sur la fin que l’on veut atteindre si les moyens sont en contradiction avec cette fin (et ce fut le cas durant cette campagne), tout comme on ne peut mentir indéfiniment aux autres sur sa vraie nature au nom d’une communication qui en l’occurence rime avec illusion. Il faut croire que la semence n’était pas de bonne qualité pour qu’elle donne de si mauvais fruits et de si mauvais résultats, alors que cette élection était réellement gagnable.

PS : Je dédie cet article à François Dumas, disparu l’été dernier, et avec lequel j’avais de nombreux désaccords. Mais son diagnostic, formulé après l’élection municipale de 2014, était parfaitement lucide et juste. Je regrette de ne pas l’avoir compris plus tôt.

2 réflexions sur “Municipales à Colomiers (suite 2) : l’échec du rassemblement de l’opposition pour le second tour

  1. Patrick Jimena n’a qu’une constance, celle d’être un aiguillon libre comme le vent.
    Jamais il ne se coltinera les innombrables réunions et commissions nécessaires à la vie d’une commune.
    Par contre tout faire pour être Député pour déblatérer à sa guise et se prendre pour le sauveur de l’humanité, cela OUI !

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