Municipales à Colomiers (suite) : l’expérience de la violence symbolique

Candidat sur une liste au 1er tour des élections municipales à Colomiers, je ne croyais pas devoir vivre un jour cette expérience douloureuse. J’aurais dû pourtant savoir que la naïveté et l’aveuglement se paient au prix cher dans le cénacle politique car son royaume est celui des cyniques, des bonimenteurs et des autoritaires. Les insoumis y sont peu nombreux, je parle des véritables insoumis, de ceux qui n’accordent aucun blanc-seing au chef de parti, au leader, à la tête de liste et au pouvoir d’une manière générale. L’habit ne fait pas le moine, dit-on, mais l’étiquette dispense souvent de regarder de près la couture, plus précisément ce qui se trame dans les arrières salles d’une campagne électorale au-delà des illusions d’optique.

Quoi de plus naturel, en candidat soucieux du succès de la liste pour laquelle on vibre et dépense de l’énergie, au service de laquelle vous consacrez du temps, de l’écriture et de la salive, que d’alerter, suggérer, proposer, dire, y compris ce qui peut fâcher. N’avons-nous pas toujours plaidé pour le droit à la vérité, à la parole libre, à l’objection de conscience, voire à l’esprit de résistance face aux désordres établis ? C’était, pensais-je, notre marque de fabrique. Quoi de plus violent en retour que le silence, mais aussi le déni, les justifications mensongères, les tours de passe-passe et au final, le mépris. Et pourtant, s’accrocher, se dire que ce n’est pas si grave, poursuivre la route avec ses moments exaltants, mais aussi déprimants, aller au bout malgré tout. Au nom de la cause et de ce qu’elle représente pour soi-même comme pour beaucoup.

Mais parfois le vase déborde. Quand il a débordé à la mi-avril, est alors venu le temps de prendre ses responsabilités. Comme une évidence. Partir. Partir pour ne plus être complice du malentendu, de l’espoir brisé, des reniements, des mensonges assénés avec l’assurance tranquille de celui qui ne doute jamais de rien. Et puis vivre encore le silence de celles et ceux qui ne veulent pas entendre, pas comprendre. “A la fin, disait Martin Luther King, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis”. C’est compliqué, semble-t-il, de dire : “stop, on a un problème !” ; c’est visiblement impossible pour certain-e-s de se dire que l’on fait fausse route. Car il faut risquer de sortir des sentiers battus bien sécurisés, bien sécurisants, et peut-être entrer en dissidence, même ponctuelle, avec celui qui est en haut de l’affiche.

Heureusement, d’autres, plus courageux, prennent la parole. Ils racontent, ils témoignent de ce qu’il leur a été impossible d’exprimer jusqu’alors. Ils confirment et leurs paroles convergent. Ce vécu, certes, n’est qu’une part de la vérité, mais il est impossible de le cacher, de l’enfermer. Et eux aussi, en conscience, ils s’éclipsent à leur façon. Et alors le clan se referme, puis le clan dénonce “un complot”, et désormais le clan parle de “traitres”. Certains sont exclus, rayés des listes de diffusion, tandis que d’autres vacillent et s’interrogent, ou quittent discrètement le navire à la dérive. N’avons-nous pas suffisamment dénoncé la chape de plomb qui régnait du côté du clan au pouvoir à Colomiers pour légitimement s’offusquer de la retrouver aujourd’hui chez ses amis ?

La période de confinement a malheureusement eu cette vertu de faire tomber les masques et de dévoiler l’impensable : une forme de dérive qu’il faut bien qualifier de sectaire et paranoïaque d’un petit groupe sous l’emprise d’une “immense supercherie”, expression nominativement ciblée que j’emprunte volontiers à une adversaire écologiste, ex-compagne de route politique aux dernières municipales et qui, depuis, avec ses amies, a pris le large pour retrouver les sentiers sécurisés de la majorité en place. Elles aussi pourraient parler de la même expérience vécue de violence symbolique. Je leur laisse le soin d’ironiser et de sourire de cette découverte bien tardive de la part d’un adversaire qui ne les a pas ménagées. Elles avaient au moins raison sur ce point. Et le camp qu’elles ont rejoint savait, lui, depuis longtemps, quelle était la véritable nature de “l’immense supercherie”.

Expérience douloureuse, forcément triste. L’amitié doit-elle rimer avec loyauté à tout prix ? Loyauté à qui ? A l’ami ou aux idéaux que nous partagions. J’ai choisi la fidélité à mes convictions pour ne pas me renier, tout en pensant qu’il était du devoir d’un ami de ne pas être complaisant, mais exigeant. “Il faut avoir l’esprit dur et le coeur doux, écrivait Maritain à Cocteau. C’était le témoignage d’un ami à un véritable ami. L’amitié conjuguée à la flatterie et la soumission n’est que ruine de l’âme. Certains, silencieux aujourd’hui, le comprendront plus tard.

Mais la politique n’a que faire de l’amitié ou des illusions d’amitié. Tout est affaire de moyens et de fin. En l’occurrence, de fin dévoyée par des moyens mensongers. Ainsi, de là d’où j’étais, un remarquable appel a été lancé récemment  pour “une union politique et citoyenne” à Colomiers. J’y ai relevé de belles phrases, notamment sur la volonté de créer “un nouveau cadre démocratique”, sur l’importance “de se parler, de s’écouter, de se respecter afin de créer ensemble un projet commun” et sur l’affirmation que “la réussite de ce projet passera par notre capacité d’assumer un pluralisme authentique”. On en revient inévitablement à l’étiquette et à la couture…, et au masque qui cache le visage de la supercherie… Faire illusion, certes, mais jusqu’à quand ?

Le deuxième tour des élections municipales est maintenant en ligne de mire. Il n’y a déjà plus de suspense. Sauf miracle bien improbable, la maire sortante sera confortablement réélue, grâce notamment à la division de l’opposition. Une autre histoire pour mieux vivre ensemble était pourtant possible… Il a manqué beaucoup d’humilité à certains pour que cela advienne. Affirmons, pour finir, notre conviction : le temps des égos surdimensionnés qui jouent un rôle d’acteur face à des auditoires ébahis et passifs est révolu. De même, le temps des appareils politiques qui imposent leur volonté à des partenaires caniches est terminé. La politique, dans le monde de demain, aura surtout besoin d’humilité en acte. Mais à Colomiers, le vieux monde politique d’hier a malheureusement encore de beaux jours à vivre. 

Une réflexion sur “Municipales à Colomiers (suite) : l’expérience de la violence symbolique

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s