Municipales à Colomiers (6). Le désir d’un printemps démocratique

Le principal enjeu de ces élections municipales est clairement un enjeu démocratique. Il s’agit ni plus ni moins, dans la deuxième ville de la Haute-Garonne, de faire souffler le vent de la démocratie citoyenne, de l’alternance politique et certainement de l’alternative à un système clientéliste en place depuis des décennies. Colomiers a besoin d’une respiration démocratique, tant elle subit depuis des décennies la chape de plomb d’un pouvoir dirigé par un clan. Cela passe par l’arrivée aux commandes de la ville d’une nouvelle équipe, davantage citoyenne et écologiste, non inféodée aux partis politiques, avec une vision de la ville en phase à la fois avec les besoins de la population et avec les enjeux écologiques de notre temps. Ce renouveau ne peut être incarné par l’équipe de la maire sortante. 

Une anecdote en dit long sur l’état de la démocratie dans cette ville. A la fin du débat public organisé par la radio France Bleue Occitanie, débat qui réunissait les candidats aux élections municipales de Colomiers, la maire apostrophe la journaliste en lui reprochant de l’avoir mise en difficulté par ces questions, notamment celle concernant la présence, surprenante, de l’ancien maire de Colomiers sur sa liste. Il faut vraiment être dans la toute puissance du pouvoir pour oser se permettre une telle réflexion face à une journaliste. Tous les candidats ont été soumis à des questions incisives, mais la seule qui a formulé des reproches à la journaliste, c’est la maire sortante…

L’amère… n’aime pas trop la contradiction. Son attitude, ce soir là, n’avait rien d’étonnant pour celles et ceux qui sont familiers des conseils municipaux dans cette ville, où la démocratie a bien souvent été bafouée. Combien de fois nos propos ont-ils été dénaturés et carricaturés empêchant ainsi une réflexion sereine, combien de fois notre parole a t-elle été interrompue de façon agressive, combien de fois n’avons-nous eu aucune réponse à nos interpellations, et combien de fois avons-nous dû subir des monologues interminables de la part de la maire sortante ? Ces conseils municipaux nous ont tous laissés un goût particulièrement amer, tant les principes de respect et de démocratie ont été dévoyés à de nombreuses reprises. Un comportement d’ailleurs totalement assumé par la maire. Ainsi, en février 2016 : “Je me permets de vous interrompre lorsque je le souhaite et je le décide. Habituez-vous à ce débat démocratique que vous souhaitez. On ne peut pas vouloir et demander un débat ouvert, une parole libre et ne pas accepter des manifestations d’opposition et d’agacement”. Chez ces gens-là, on n’écoute pas, on ne débat pas courtoisement, on ne respecte pas l’opposition, on flingue avec cynisme…

Nous avons formulé des propositions précises pour démocratiser ne serait-ce qu’un tout petit peu ce conseil municipal : équité du temps de parole avec la mise en place d’un compteur (comme à Toulouse Métropole), instauration de propos liminaires de 5 minutes des groupes politiques au début du conseil, et suspension de séance pour écouter les prises de parole des citoyens présents dans la salle. Nos propositions étaient bien en phase avec l’esprit des gilets jaunes dont tous les groupes, en décembre 2018, ont convenu que les revendications, tant sociales que démocratiques, étaient légitimes. Elles ont pourtant été balayées d’un revers de main par la maire. Sous cette mandature le conseil municipal n’a pas avancé dans sa démocratisation. Le pouvoir engendre la domination et la domination appelle le mépris de l’opposition et plus largement des citoyens qui osent exprimer une parole autre. Cette arrogance du pouvoir, on la retrouve jusqu’à la disposition de cette assemblée communale, où certains élus sont situés plus hauts que d’autres. Tout un symbole ! Le premier acte d’une assemblée communale renouvelée devra être d’abolir cette situation digne d’un régime notabilaire d’autrefois.

Au début du mandat, nous avions un temps espéré que la création des conseils de quartiers allait ouvrir une nouvelle ère démocratique dans cette ville. Il nous a fallu vite déchanter. En septembre 2016, en conseil municipal, je dévoilais la supercherie de la “Charte de la participation citoyenne”, charte qui devait servir de socle à la fondation des conseils de quartier. En réalité, un texte totalement plagié sur une Charte écrite dans le département du Gard… Le premier adjoint avait pourtant préalablement affirmé qu’elle avait été co-écrite avec les citoyens. Mensonge. A Colomiers, le document fondateur de la démocratie locale est le fruit d’un grossier copié-collé, toujours en vigueur. Aucun travail collectif, alors que c’était l’occasion de commencer à écouter la parole des citoyens et de co-construire avec eux un texte qui les engage dans un processus réellement participatif. A défaut d’oxygéner la ville, les élus de la majorité sortante ont asphyxié les débats !

Les conseils de quartier, étendus sur de vastes périmètres, et comprenant chacun seulement une dizaine de citoyens, dont beaucoup se sont désengagés au fil des ans, ne sont que des parodies de démocratie participative. Ce que nous disions en conclusion de notre intervention ce soir-là, (que l’on peut lire et visionner ici), n’a pas pris une ride en cinq ans : “Il n’y a pas de démocratie locale parce que votre obsession c’est de contrôler, votre obsession c’est de diriger, votre obsession c’est de dissuader ceux qui voudraient oser dire à haute voix ce que beaucoup pensent tout bas, et surtout, votre obsession c’est de vous parez de tous les attributs de la démocratie alors que vos pratiques les renient. Et les exemples sont pléthores.” Lors de ce conseil municipal, les trois élues EELV (alors membres de notre groupe) avaient voté contre cette Charte. Qu’en disent-elles cinq ans plus tard, maintenant qu’elles sont allées à la soupe socialiste ?

Aujourd’hui, le programme de la liste sortante récupère l’idée des “budgets participatifs”. C’est encore et toujours la même histoire qui se répète. On capte des concepts en vogue issus des mouvements écologistes ou alternatifs, on les passe à la moulinette de la tambouille socialiste locale et on obtient un bel effet d’enfumage, avec moultes photos et slogans pour la communication municipale dans la pravda locale, Le Columérin. Mais rien ne change structurellement. L’objectif est de donner l’illusion d’une municipalité qui bouge, qui écoute et qui se renouvelle. L’apparence, toujours l’apparence, mais point de contenus. Le système ne change pas, il adapte sa communication par des effets d’annonce. Le clan au pouvoir ne peut se réformer, car sa matrice principale est précisément de tout faire pour garder le pouvoir, au détriment des intérêts des columérins et de la ville.

Certains s’étonnent que nous parlions de « système », à propos du clan au pouvoir. Ce système, en place depuis des décennies, est constitué d’un ensemble de pratiques institutionnelles parfaitement identifiées : lorsque des élus traversent chaque semaine la place de l’Hôtel de ville pour remettre au bailleur social de la rue d’en face une liste de personnes à favoriser pour l’attribution d’un logement, cela s’appelle du clientélisme. Lorsque, au détriment des personnes compétentes (qui généralement ne restent pas longtemps au château), on favorise l’embauche à la mairie des copains et des copines, quand il ne s’agit pas de membres d’une même famille déjà bien représentée dans le personnel, cela s’appelle du clientélisme. Ces clients et leur famille devront être redevables le jour de l’élection… Mais en 2014, pour gagner à tout prix, ils ont tellement promis, sur le plan du logement, comme de l’emploi, qu’ils ont beaucoup déçu. La maire a suscité beaucoup d’amertume. Je ne sais si la morale et la probité, au bout du bout, gagneront au soir du 22 mars. Mais, si tel est le cas, la défaite du clan sera d’abord celle de la malhonnêteté, de la vulgarité et du mensonge.

Il est temps d’en finir avec ces pratiques qui portent tort à l’image de notre ville. Les élus se doivent d’être exemplaires. La parole des citoyens doit maintenant être respectée et prise en compte. Se réapproprier la ville, ses valeurs et son destin est désormais un enjeu central pour l’avenir de Colomiers. Les 15 et 22 mars sont l’occasion historique de faire advenir un printemps démocratique dans notre ville.

On relira avec profit cet article du 30 septembre 2015, toujours d’actualité : Le crépuscule de la démocratie à Colomiers

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Chaque mercredi, un billet consacré aux élections municipales à Colomiers. Avec deux objectifs : déconstruire les mensonges, notamment ceux de la majorité sortante, et éclairer les Columérin-e-s sur les enjeux réels de cette élection.

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