Municipales à Colomiers (5). Le prétendu rassemblement de la gauche de la liste de la maire sortante

La liste “Esprit Colomiers” de la maire sortante se présente comme une liste qui réunit l’ensemble des “forces de gauche, progressistes, humanistes et écologistes”. Ce nouveau mensonge après celui de la prétendue “liste fortement renouvelée” mérite bien quelques explications. Car à Colomiers, deuxième ville de la Haute-Garonne, le clan socialiste est prêt à toutes les (basses) manoeuvres politiques pour conserver le pouvoir. Quitte à tromper les électeurs par l’affichage de logos sans consistance.


Cette liste à large dominante socialiste comprend quelques candidat-e-s appartenant au Parti Communiste (3) et à EELV (3). Pour obtenir l’accord avec le PC et EELV, les politiciens de la municipalité n’ont pas lésiné sur les moyens et nous allons le montrer. Rappelons qu’en 2014 le PC soutenait la liste de “La gauche rassemblée” au 1er tour, puis celle de “Vivre Mieux à Colomiers” au second tour (après la fusion). Quant à EELV, il était partie prenante de la dynamique “Vivre Mieux à Colomiers” dès le départ. Comment ces deux partis ont-il pu se retrouver aujourd’hui enrolés dans la liste socialiste, c’est ce que cet article veut expliquer.

Commençons par EELV.

La liste socialiste se prévaut d’avoir fait l’union avec EELV, en réalité avec trois adhérentes (les seules sur Colomiers) qui faisaient partie jusqu’en février 2017 du groupe “Vivre Mieux à Colomiers”. Elles ont quitté ce groupe en prenant prétexte de la volonté de Patrick Jimena (alors candidat EELV pour les législatives) d’être un candidat de rassemblement, notamment avec la France insoumise. EELV ayant retiré l’investiture à Patrick Jimena, suite à des manoeuvres des socialistes locaux (accord PS-EELV qui finira d’ailleurs par capoter), il s’est retrouvé candidat de la France insoumise avec un score remarquable et qualifié pour le second tour face à la candidate d’En Marche. Le candidat d’EELV a quant à lui émargé à 3% avec le soutien des trois adhérentes d’EELV…

Depuis cette date, ces trois élues ont créé leur propre groupe municipal (“Alternative Colomiers”). Leur décision de quitter le groupe « Vivre Mieux à Colomiers » n’a d’ailleurs fait l’objet d’aucun débat au sein du groupe EELV Colomiers. Du moins de ce qu’il en restait… puisqu’elles ont contribué à le vider de ses membres, puis à le saborder en l’espace de deux ans. Aujourd’hui, EELV Colomiers n’existe plus. Ce groupe que j’avais initié en 2011 avec Patrick Jimena, a pourtant compté jusqu’à 60 adhérents jusqu’en 2014… Puis, ces trois élues ont intégré le groupe EELV de Tournefeuille (ville voisine), composé d’adhérents depuis très longtemps socialo-compatibles.

Au conseil municipal, ces élues « écologistes » qui prétendaient incarner une “opposition constructive” (tellement “constructive” qu’elles ne se sont opposées à rien de décisif…) ont réussi l’exploit, notamment, de voter pour un projet d’antenne-relais, de voter la subvention pour l’association communale de chasse, de s’abstenir sur l’installation de caméras de vidéo-surveillance et d’accepter sans réserve l’installation des compteurs linky. En 2018, la majorité sortante leur offre la présidence de la commission “Agenda 21-Développement durable”. Chez ces gens-là, on remercie et on honore celles et ceux qui savent faire allégeance et se soumettent sans conditions. De fait, ce groupe issu de l’opposition devient un groupe proche de la majorité. Comme nous l’écrivions en février 2018, “dans la perspective des élections municipales de 2020, elles feront évidemment alliance avec le PS. Et l’une d’entre-elles se fera un plaisir d’accepter le poste de maire-adjointe à l’écologie”. On y est… encore faudra t-il gagner les élections face à la seule liste véritablement écologiste…

Toute cette mascarade et cette tambouille politique sont le résultat d’une manipulation orchestrée par l’appareil socialiste columérin. Une manipulation en 5 étapes. Première étape, 2015, l’apprivoisement : faire embaucher dans un ALAE de la ville la fille d’une élue EELV alors membre du groupe “Vivre Mieux à Colomiers” (et aujourd’hui en troisième place sur la liste de la maire sortante). Deuxième étape, 2016, la déloyauté : nouer le dialogue de façon souterraine avec ces élues. Troisième étape, 2017, la trahison : les aider à franchir le pas pour créer leur propre groupe municipal sous un faux prétexte politique. Quatrième étape, 2018, la compromission : attribuer à la présidente du nouveau groupe, Martine Berry-Sevennes, la responsabilité d’une commission municipale. Cinquième étape, 2019, la soumission : leur offrir sur un plateau la perspective d’un poste d’adjointe à l’écologie afin d’obtenir le logo EELV.

L’accord PS-EELV pour ces municipales n’est en vérité qu’un chiffon de papier pour tenter de sauver le vieux radeau socialiste en train de couler. Avec le secret espoir que le premier adjoint, par ailleurs conseiller départemental, pourra sauver son poste en 2021 avec un accord départemental entre le PS et EELV… Quant aux trois candidates EELV, leur seul moteur est le ressentiment en direction de Patrick Jimena, à qui pourtant elles doivent leur poste d’élue… En manque de reconnaissance, et malgré leur inconsistance, ces pseudo-écologistes espèrent ainsi être prochainement dans la lumière du pouvoir. En attendant ce jour improbable, elles ne font que singer les comportements hystériques de certain-e-s élu-e-s de la majorité sortante à l’encontre desquel-le-s elles n’avaient pas de mots assez durs au début du mandat.

Examinons ce qui s’est passé du côté du PC.

Le 26 octobre 2019, les adhérent-e-s du PC de la section Banlieue Ouest-Toulousain, composée essentiellement d’adhérents de Colomiers, reçoivent une lettre du secrétaire départemental du PC, Pierre Lacaze, par ailleurs un grand ami du premier adjoint, Arnaud Simion… et tous les deux grands spécialistes des petites et basses combines politiques devant l’éternel. Cette lettre informe les adhérents de la dissolution de leur section. Essayons de comprendre pourquoi la section historique de Colomiers est dissoute par un simple courrier du secrétaire départemental, à quelques mois des municipales.

Trois ans auparavant, le 26 juin 2016, une autre section, appelée section Léguevin-Ouest toulousain, avait été créée à l’initiative du secrétaire départemental, avec comme secrétaire Théodore Aubin, que l’on retrouve aujourd’hui sur la liste de la maire sortante. La lettre de Pierre Lacaze prend prétexte de l’existence de deux sections sur un même territoire pour n’en reconnaître qu’une seule, celle qu’il a créée et qui est désormais nommée section de l’Ouest toulousain… Une section bien en conformité avec la ligne officielle, dans la plus pure tradition stalinienne.

Les désaccords entre la section historique de Colomiers et le secrétaire départemental du PC sont anciens. Déjà en 2014, les communistes columérins, contre l’avis du secrétaire départemental, avaient refusé de rallier la liste socialiste de Karine Traval-Michelet, suite à un vote largement majoritaire. Lacaze introduira cependant un communiste “citoyen” dans la liste de la future maire, Delio Menen… Ce même Délio Menen, tiens donc…, qui sera le premier trésorier de la nouvelle section de Léguevin-Ouest toulousain… En 2017, les communistes columérins avaient choisi de soutenir le candidat de la France insoumise, Patrick Jimena (remplaçante Nadine Stoll), et non pas le candidat du PC (qui fera 1,21 % au 1er tour contre 20% pour Patrick Jimena sur Colomiers…).

La décision brutale de la dissolution de la section historique du PC de Colomiers entraîne alors la démission de tous ses adhérents actifs, au mois d’octobre 2019. A l’exception de deux membres qui ont gardé leur carte, mais qui ont refusé d’intégrer la nouvelle section. Pour ces adhérents, c’est l’écoeurement qui domine. Militants de longue date, ils mettaient un point d’honneur à maintenir un fonctionnement démocratique au sein de leur section. Ils pouvaient également se prévaloir d’un investissement constant sur la ville de Colomiers, avec la publication d’une lettre trimestrielle (le “Colucoco”), d’une présence hebdomadaire sur le marché de Colomiers avec la vente de L’Huma, de tractages réguliers et d’une visibilité quasi permanente sur les panneaux d’affichage de la ville. Ils étaient à l’image des camarades que Jean Ferrat honorait dans Ma France… du journal que l’on vend le matin d’un dimanche à l’affiche que l’on colle au mur du lendemain”…

Dernier acte. Le vote organisé par la nouvelle section de l’Ouest toulousain, le 21 novembre dernier, pour que les adhérents choisissent entre la liste “Esprit Colomiers” et la liste “Vivre Mieux Ensemble à Colomiers” (présentée alors fallacieusement sur le bulletin comme soutenue uniquement par la France insoumise). Sans surprise, la section historique étant éliminée, c’est “Esprit Colomiers” qui obtient la majorité. Les adhérents communistes préfèrent se rallier à des socialo-valsistes, dont certains (comme la maire) avaient un large sourire au soir du premier tour de l’élection présidentielle en mai 2017 (Macron en tête juste devant Mélenchon, alors que le candidat socialiste ne dépassait pas 8,8 %)…

L’objectif de ces manipulations grotesques, orchestrées par les appareils du PS et du PC, était de parvenir à faire disparaître le groupe EELV de Colomiers et la section du PC local, tous les deux proches de Vivre Mieux à Colomiers. C’est machiavéliquement réussi. On peut raisonnablement supposer que les électeurs communistes et écologistes de Colomiers ne se laisseront pas tromper par ces basses manoeuvres et par ces effets d’optique. La liste de la maire, affublée des logos du PS, du PC et d’EELV, donne l’illusion d’un rassemblement de la gauche. En réalité, le PS columérin se meurt, et le PC comme EELV, n’existent plus dans cette ville. Ils sont devenus des coquilles vides. Et même très vides, en terme d’adhérents.

La gauche authentique, citoyenne, non sectaire et profondément écologiste est bien du côté de Patrick Jimena, n’en déplaise aux usurpateurs et manipulateurs politiques professionnels d’ “Esprit Colomiers”, qui ont su si bien s’assembler tant ils se ressemblent.

Chaque mercredi, un billet consacré aux élections municipales à Colomiers. Avec deux objectifs : déconstruire les mensonges, notamment ceux de la majorité sortante, et éclairer les Columérin-e-s sur les enjeux réels de cette élection.

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