Colomiers : la fossilisation du conseil municipal

Il me revient qu’en 2011 alors que commençait la campagne des cantonales que devait remporter Patrick Jimena à la surprise générale, j’avais souligné dans la presse que la vie politique était particulièrement « sclérosée » à Colomiers. Celui qui était alors le directeur du cabinet du maire et qui est aujourd’hui le 1er adjoint s’était moqué de cette expression irrévérencieuse. Depuis cette victoire, la vie politique locale connaît une certaine animation du fait de l’existence d’une véritable opposition au système clanique et clientéliste en vigueur depuis des décennies dans cette commune.

Nous avons largement dénoncé dans nos tribunes précédentes le manque de débat démocratique au sein du conseil municipal et surtout le manque de respect de la maire à l’endroit de l’opposition : mauvaise foi, dénaturation de nos propos, moqueries et sarcasmes sont en effet monnaie courante au sein de cette majorité. En la matière, le conseil municipal du mois d’octobre avait atteint des sommets.

Lors du conseil municipal de lundi dernier, en propos liminaire que nous avons réussi à imposer au moment de l’adoption du procès-verbal du conseil municipal d’octobre, j’ai souligné avec détails le quasi monopole de la parole par la majorité avec notamment des réponses extrèmement longues de la maire. J’aurai pu souligner aussi le dégoût que nous avions ressenti lors de cette séquence face à la dénaturation systématique de nos propos dans le débat sur le compteur Linky. Nous nous en sommes tenus à formuler plusieurs propositions (venant après les prises de parole d’actualité sur le mouvement des gilets jaunes) pour démocratiser un tout petit peu ce conseil : équité du temps de parole avec la mise en place d’un compteur (comme à Toulouse Métropole), instauration de propos liminaires de 5 minutes des groupes politiques au début du conseil, et suspension de séance pour écouter les prises de parole des citoyens présents dans la salle. Nos propositions étaient bien en phase avec l’esprit des gilets jaunes dont tous les groupes ont convenu que les revendications, tant sociales que démocratiques, étaient légitimes. Elles ont pourtant été balayées d’un revers de main par la maire. Ce n’est pas lors de cette mandature que ce conseil municipal pourra se démocratiser, ne serait-ce qu’a minima.

En guise de réponse, nous avons eu droit à un déroulé du conseil municipal composé essentiellement de monologues, plus ou moins longs. Ainsi, à l’occasion du débat d’orientations budgétaires (le fameux DOB, rebaptisé par erreur « daube » par mon collègue Med Kechidi, comme quoi il y a des lapsus plus que révélateurs…), nous avons assisté à une succession de prises de parole des adjoints qui devaient décliner, sous la forme d’un catalogue à la Prévert, les réalisations et projets de l’année passée et à venir. Trois minutes chacun-e, à raison de 11 adjoints… Des interventions qui d’ailleurs ne figuraient pas dans les documents préparatoires qui nous avaient été remis, comme l’a justement remarqué mon collègue Med Kechidi. Chaque groupe s’est exprimé. Mais point de débat, point d’échanges.

J’ai ainsi formulé deux questions dans le cadre de cette « daube » indigeste que fut ce faux débat sur le DOB. La première à l’intention de l’adjoint à la sécurité : « A quoi a servi l’armement de la police municipale que vous avez décidé sans débat public, en quoi cet armement a rendu les missions de la police plus efficaces ? « . Au bout d’un an de police municipale armée, il m’a semblé légitime de poser à nouveau la question de l’armement auquel nous nous étions opposés. Aucune réponse. La seconde à l’intention de la maire-adjointe à l’éducation : « Quand allez-vous vous décider à diminuer le nombre de classes par école, est-ce que ce budget l’envisage ? » Aucune réponse…

De même, je suis à nouveau intervenu sur le thème de la chasse (à l’occasion de la délibération sur la subvention à l’association communale de chasse). En faisant court, j’ai souligné que la chasse était une menace pour la biodiversité (alors qu’en commission l’adjoint avait justifié la subvention en affirmant que l’association défendait la biodiversité). J’ai également exposé le danger que les chasseurs faisaient courir aux promeneurs de l’Aussonnelle. Point de réponse, point de débat.

On pourrait multiplier les exemples montrant qu’à toutes les questions posées par les conseillers municipaux, neuf fois sur dix, le silence est la seule réponse de la maire et de la majorité municipale. Ce conseil municipal est devenu une caricature de démocratie. La majorité a oublié qu’elle a été élue avec 198 voix d’écart avec la liste Vivre Mieux à Colomiers. Elle a oublié qu’elle représente moins d’électeurs que l’opposition réunie (40%). Décidément, le pouvoir appelle la domination et la domination appelle le mépris de l’opposition et plus largement des citoyens qui ne peuvent se reconnaître dans cette parodie de démocratie.

Les citoyens, justement, étaient présents au conseil municipal. Une vingtaine d’employés municipaux membres de la CGT, habillés d’un gilet rouge…, ont voulu se faire entendre. Ils ont demandé la parole. Peu de temps après que nous ayons formulé la proposition d’une interruption de séance pour écouter les doléances des citoyens, et peu de temps après les interventions sur le mouvement des gilets jaunes. La réaction de la maire a été brutale. Leur déniant le droit de s’exprimer car ce n’est pas la règle, menaçant d’interrompre le conseil, ce qu’elle fit, non sans avoir fait appel à la force publique. Pourquoi tant de rigidité alors qu’elle avait l’occasion de mettre en cohérence ses belles paroles au début du conseil avec des actes qui auraient montré qu’elle avait compris ce qui se passe aujourd’hui dans le pays. J’ai trouvé particulièrement choquant la présence de policiers municipaux armés (armes à la main) à l’entrée du conseil municipal, alors que les membres de la CGT discutaient au moment de l’interruption de séance sur la suite de leur présence. Ils ont finalement quitté la salle pendant la pause, après qu’une délégation ait été reçue par la maire.

Ainsi va le conseil municipal de Colomiers qui se fossilise de plus en plus, qui se « soviétise » de plus en plus, serait-on tenté de dire. Il est devenu sans intérêt, et les citoyens s’en désintéressent de plus en plus. A un an des municipales, la majorité s’enferme dans le déni, se rigidifie et n’offre aucune perspective d’ouverture, fermant la porte à toutes les propositions qui ne rentrent pas dans ses cases. Alors vivement 2020 que le débat démocratique revivifie enfin la scène politique et citoyenne !

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