Evaluations nationales : c’est la capacité de soumission des enseignants qui est évaluée !

De nombreuses voix se sont élevées pour condamner les évaluations nationales CP et CE1 de cette rentrée. Inutile de rappeler les nombreux griefs énoncés à l’encontre de ces tests chronophages qui n’ont rien de scientifique, contrairement à ce que croit pouvoir affirmer le ministre Blanquer.

A l’heure où la saisie des résultats se termine et où les inspecteurs battent le rappel dans les écoles (en mentionnant par voie de mail le pourcentage des saisies réalisées par classe en temps réel !), la question qui se pose est de savoir si le véritable test ne concernait pas avant tout les enseignants eux-mêmes.

Ma conviction est que le ministère a d’abord voulu évaluer la capacité d’obéissance et de soumission des enseignants en leur imposant un dispositif d’évaluations nationales qui avait été majoritairement contesté et partiellement boycotté dans les années 2009-2012. Je formule l’hypothèse que la véritable justification de ces évaluations nationales se trouve d’abord dans la volonté du ministère de sonder le niveau d’obéissance / résistance des professeurs des écoles face à un dispositif imposé dont il ne pouvait ignorer qu’il allait être sujet de débats et pour une part de contestation.

Malgré les appels remarquables des syndicats et de plusieurs mouvements pédaogiques au boycott de ces évaluations, il est à craindre que le niveau des « remontées » des résultats soit élevé. L’appareil bureaucratique, logistique et « pédagogique » qui a accompagné la passation des évaluations était véritablement impressionnant et ne laissait guère trop le choix aux enseignants : il fallait obligatoirement passer ces évaluations sans trop se poser de questions. Beaucoup l’ont fait à contre-coeur, sans convictions, parfois la rage au ventre… Mais peu importe pour le ministère ! Il pourra afficher un taux de participation et de remontée certainement « tout à fait exceptionnel ».

Les dégats collatéraux seront nombreux et avaient été pointés à l’avance : sentiment de désappropriation du métier, mépris pour le travail des enseignants au quotidien, dévalorisation de l’expertise du terrain, sentiment d’injustice, désarroi quant à l’école de la compétition et du chacun pour soi qui, insidieusement, se met en place.

En l’absence de désobéissance collective massive, ce qui était, dans cette période, notre seule chance de mettre un coup d’arrêt à l’idéologie réactionnaire du ministre qui va bouleverser l’école dans ses fondements, les professeurs des écoles n’auront désormais que leurs yeux pour pleurer.

Ce ne sera pas l’école de la confiance, mais l’école de la défiance ; ce ne sera pas l’école de la coopération, mais de la compétition. Avec en prime, la caporalisation du métier d’enseignant qui va aller crescendo. L’enseignant sera un exécutant où il ne sera pas.

L’école de la République a vécu.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s