Législatives : Patrick Jimena, l’écologiste insoumis

Il est candidat aux élections législatives de la 6ème circonscription de la Haute-Garonne sous le drapeau de La France insoumise. Patrick Jimena, de Colomiers, est une figure originale et incontournable de la vie politique locale. Mais au-delà, il est un citoyen engagé, « le premier des insoumis parmi nous », disait récemment une militante de Pibrac. Portrait d’un ami, d’un résistant et d’un infatigable éveilleur des consciences qui met toute son énergie au service du bien commun.

Patrick Jimena est né à Toulouse, au début de l’année 1964, d’un milieu modeste. Fils et petit-fils de parents et grands-parents réfugiés espagnols ayant vécu dans la ville rose, il a grandi dans un quartier populaire de Colomiers, le fameux quartier des Fenassiers. De ses parents, Patrick en parle avec gratitude, surtout avec la reconnaissance de celui qui en a gardé les valeurs essentielles : la modestie, la solidarité, l’empathie. Esprit déjà curieux, tout jeune, il observe son environnement. Dans ce quartier « melting-pot », Patrick cotoie des ouvriers, des employés, des chômeurs, mais aussi des artistes et des poètes, de tous horizons social et culturel. Il se souvient de la souffrance vécue, mais rarement montrée, du besoin de reconnaissance, trop peu souvent satisfait. Il se souvient aussi de ses copains, de l’école buissonnière, des tentations diverses et variées… Mais avec le recul, il retient surtout de ces années-là que, quelle que soit sa provenance, chacun-e possède un potentiel qui ne demande qu’à être valorisé.

Il finit par sortir de cet environnement lorsqu’il fait le choix d’intégrer le premier « sport-études espoir » dans une discipline où il excelle, le basket. Plus jeune, après l’école, pendant que ses camarades faisaient leurs devoirs, il passait des heures à s’entraîner dans le gymnase à proximité de l’école Jules Ferry. Il aime à se souvenir de soirées entières à jouer au basket jusqu’à dormir parfois dans le gymnase ! Pendant ses études sportives, il apprend l’entraide, la solidarité, la force du collectif, le goût de l’effort, les régles, le respect de l’adversaire. Des valeurs qui restent solidement ancrées dans le Jimena d’aujourd’hui.

Le quartier des Fenassiers à Colomiers

Finalement, il deviendra éducateur spécialisé, d’abord dans un quartier au nord de Toulouse, puis à Colomiers. Aux Fenassiers, il avait rencontré des éducateurs de rue qui s’efforçaient de créer des relations de confiance avec les habitants. « Sans cette confiance, rien n’est possible », répète-t-il encore souvent aujourd’hui. Ce qui le motivera dans ce métier, c’est d’ « aider les habitants à ne plus être aidés ». Il arpente les quartiers de Colomiers, il rencontre des centaines de personnes. On apprécie sa disponibilité, à toute heure du jour et parfois de la nuit. Il est capable, pour chaque famille croisée, d’établir une cartographie relationnelle et familiale complète. Pour beaucoup d’habitants, l’immeuble c’est la frontière. Alors, créer du lien, inventer des méthodes de participation des habitants, ce sera son leitmotiv, son moteur dans son travail d’éducateur… Plus tard, il dira : « Etre acteur de son propre changement ». Toujours, il cherche dans ses rencontres, le déclencheur, l’étincelle qui permet au jeune paumé, à la mère désemparée, au père alcoolique de modifier son regard sur lui-même, de réapprendre la confiance, de trouver les voies qui ouvrent à un autre avenir. Afin de ne plus se voir en victime des injustices, mais en lutteur contre les injustices. « Ceux qui vivent sont ceux qui luttent »…, écrivait Victor Hugo. C’est l’une de ses phrases fétiches.

J’ai rencontré pour la première fois Patrick Jimena en 2001, à Colomiers. Nous avons le même âge, nous avons grandi dans la même ville, mais sans pourtant jamais nous croiser. Après 15 années passées en région parisienne, je retrouvais alors mes terres natales. En disponibilité de l’Education nationale, j’effectuais des piges sur Colomiers pour le quotidien régional La Dépêche du Midi. Patrick venait de prendre la direction de l’ACSE (Association Columérine Socio-Educative), association qui avait une mission de prévention spécialisée dans les quartiers de Colomiers. Il manageait alors une équipe de sept éducatrices et éducateurs de rue qui couvraient la deuxième ville de la Haute-Garonne (35 000 habitants alors). C’est à l’occasion d’un forum participatif dans le quartier d’En Jacca que notre rencontre eut lieu. Depuis, nous ne nous sommes pas quittés…

A Colomiers, son activité avec l’ACSE se déploie tous azimuts. Un bus participatif et éducatif sillonne la ville. Avec cet outil, Patrick Jimena met en place des procédures de remontées d’idées qui irriguent des projets toujours très concrets. Il met en place des chantiers de bas d’immeuble avec des jeunes, il crée des jardins et du maraîchage pour les familles. Il initie des liens entre la ville et la campagne avec des chantiers éco-citoyens en milieu rural. Des jeunes découvrent d’autres manières de vivre, d’autres espaces, d’autres centres d’intérêt. Dans le même temps, il suscite quantité de médiations au sein des familles pour apaiser les tensions et les conflits. Son travail est reconnu par les habitants. Mais pas par la municipalité socialiste, toujours inquiète de l’émergence de personnalités ou de mouvements qu’elle ne contrôle pas… Il est ainsi à l’origine de la création de nombreuses associations sur Colomiers, le « Moulin des Savoirs » (réseau d’échanges de savoirs), le soutien scolaire, des clubs sportifs… et à Toulouse, le Système d’Echange Local (Le SEL COCAGNE).

Sa curiosité incessante l’amène progressivement à élargir son horizon intellectuel. Il réalise que la recherche du mieux vivre ensemble qui est au coeur de son métier est indissociable des questions économiques, sociales, écologiques et culturelles. Les causes des injustices, terreau de la violence, sont souvent à la croisée de toutes ces problématiques sur lesquelles il ne cesse de réfléchir. Il lit abondamment Pierre Rabbi, Edgar Morin, François Plassard, Patrick Viveret, Nicolas Hulot, Laurent Mucchielli… Il finira par les rencontrer, devenir leur ami, travailler avec eux.

Au printemps 2003, la rencontre avec Jean-Marie Muller, le fondateur du Mouvement pour une Alternative Non-violente et auteur de nombreux ouvrages sur la non-violence, sera déterminante. A cette époque, à Colomiers, un réseau de « Citoyens pour la paix » se mobilise contre la guerre en Irak. Ce mouvement sera à l’origine de la création, quelques mois plus tard, du Centre de ressources sur la non-violence de Midi-Pyrénées (que j’ai eu l’honneur de présider à sa création). La non-violence est une clé nouvelle pour Patrick. Elle lui permet de donner davantage de profondeur et d’épaisseur à son engagement de terrain. L’ACSE organise des formations à la gestion positive des conflits et s’implique fortement dans des actions non-violentes sur le terrain. Patrick Jimena prend alors l’initiative, avec l’ACSE, de lancer le projet complètement fou à l’époque d’un grand festival régional sur la non-violence. Ce sera le « Festival Camino – Agir pour la non-violence » qui réunira, en juin 2006, pendant trois jours, plus de 12 000 personnes sur la commune voisine de Tournefeuille. Trois jours de conférences, de concerts, d’expositions, de spectacles d’établissements scolaires, d’animations pédagogiques sur la force créatrice de la non-violence. Un projet original et remarqué pour lequel Patrick a remué ciel et terre auprès des décideurs politiques pour obtenir les subventions espérées. Une 2ème édition de ce festival aura lieu en juin 2009 avec autant de succès.

En 2010, Patrick franchit le pas de la politique afin de donner une nouvelle dimension à son engagement. Il adhère aux Verts, parti qui se transforme peu de temps après en EELV (Europe Ecologie – Les Verts). Il participe à la campagne des régionales en Midi-Pyrénées avec son ami Gérard Onesta. Et en 2011, il est candidat à l’élection cantonale (sur un territoire qui comprend essentiellement la commune de Colomiers). A la surprise générale, il remporte cette élection face au favori socialiste. C’est un séisme politique. Il est le seul écologiste de l’Assemblée départementale de Haute-Garonne dominée par les élus socialistes. Pendant quatre ans, dans l’opposition au système « Izard » (le président du conseil général), il fera un nombre incalculable d’interventions publiques et de voeux (sans doute un record) sur l’écologie, la démocratie, l’éducation, le refus du méga-centre commercial Val Tolosa…. « Je n’ai jamais abdiqué dans l’adversité dans cette enceinte », nous confie-t-il, malgré les pressions et les coups tordus (qui lui vaudront de perdre son emploi). Son bureau (encore une innovation !) est une caravane itinérante qui lui permet d’organiser des permanences dans les quartiers du canton.

En 2013, il lance l’appel pour « Vivre Mieux à Colomiers » dans la perspective des élections municipales. Il fédère sur sa liste des personnes aux parcours et aux sensibilités différentes, au-delà des partis politiques. Au second tour, sa liste (qui est arrivée en seconde position derrière la liste socialiste) fusionne avec une autre liste de gauche. L’élection est finalement perdue avec 194 voix d’écart. Il devient conseiller municipal, mais également conseiller délégué à Toulouse Métropole. En 2015, il lui manque 24 voix pour accéder au second tour de l’élection départementale et être réélu. Quelques mois plus tard, aux élections régionales, pour des raisons obscures…, il est écarté au second tour de la liste fusionnée entre Gérad Onesta (Nouveau Monde) et Carole Delga (Parti Socialiste). Trois revers où la chance ne lui a pas souri, mais qui ne le découragent en rien. « Je ne suis pas du genre à me lamenter sur mon sort », déclare-t-il à l’Actu Toulouse, après son éviction lors des élections régionales.

Aujourd’hui, après moultes péripéties avec son parti d’origine (que nous avons exposées ici), il est le candidat de La France insoumise sur la 6ème circonscription de la Haute-Garonne. Au mois de mars, déçu par l’accord Jadot-Hamon, il lançait un appel à voter Mélenchon. « Si je suis avec les Insoumis aujourd’hui, explique-t-il, c’est que je me sens bien avec un projet qui met de l’écologie au centre de l’économie, du social et de la santé. Il n’y a pas d’écologie sans social et pas de social sans écologie ». La transition écologique, pour lui, ce n’est pas qu’un discours. Elle s’incarne dans un choix de vie, une militance pour l’habitat léger (depuis dix ans), en totale adéquation avec ses idées. Cet hiver, il a planté, avec quelques amis, une centaines d’arbres fruitiers, créant un verger unique à proximité de son lieu d’habitation. Quel que soit le résultat de l’élection législative, Patrick Jimena restera tel qu’en lui-même : écologiste, insoumis et citoyen, et même citoyen du monde.

Il y a deux ans, Le Journal Toulousain l’invitait à écrire une lettre à ses concitoyens dans la perspective de la Conférence internationale sur le climat. Cette lettre intitulée « Au cher pays de mon enfance », se terminait par ces mots qui prennent aujourd’hui une résonnance toute particulière, à quelques jours des élections législatives :

« L’espoir est aussi là. Des citoyens résistent. Il en existe beaucoup dans le monde. Ils résistent tout en proposant d’autres chemins d’avenir. Des chemins d’espérance où nos vies ne se résumeront pas à notre simple  capacité à consommer toujours plus. Des chemins pour nous préparer tous aux défis énergétiques, économiques et financiers. Des chemins plus démocratiques, plus solidaires, plus citoyens donc plus efficaces.

Tu nous invites à faire un pas de côté pour mieux contempler tes richesses. Prendre le temps de rompre avec la frénésie ambiante et soigner une dépression collective où chacun cherche à donner un sens à sa vie sans le trouver.

Cher pays de mon enfance, je reste un des maillons d’une longue chaîne humaine qui souhaite  changer la vie avant qu’elle ne disparaisse. Tu peux compter sur moi ».

La France a plus que jamais besoin d’élus les pieds dans la réalité, la tête au service de l’intérêt général. Aucun doute Patrick Jimena est de cette trempe là.

Une réflexion sur “Législatives : Patrick Jimena, l’écologiste insoumis

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s