La maire de Colomiers n’est pas Charlie !

14435335_686170841536046_4899980420153687603_o-630x0Difficile d’accepter la liberté d’expression lorsqu’on est directement concernée par un dessin, même un peu trash… Celui du jeune artiste columérin Graviar publié il y a quelques jours sur Facebook par le collectif « Château A Défendre, L’Armurier » n’a pas du tout été apprécié par la maire socialiste de Colomiers qui menace rien moins que de le traîner en justice. Cela se passe dans la deuxième ville de la Haute-Garonne, ville qui a accueilli le premier ministre, le gouvernement et une bonne partie de l’élite socialiste à la fin du mois d’août dernier.

Acte 1 : Lundi 26 septembre, vers 15h, le jeune militant socialiste Jean Médéric Delcros, leader du groupe « Château A Défendre, L’Armurier », publie sur sa page Facebook un dessin de Graviar en soutien à la cause du Château, menacé par un projet immobiliter. Rappelons que ce château fait 14435335_686170841536046_4899980420153687603_opartie du patrimoine historique de Colomiers ; sous l’occupation, Léon Blum s’y était réfugié et a été arrêté par la gestapo. Sur ce dessin, on y voit une femme, en toute hypothèse la maire de Colomiers, tenant la tête de Léon Blum qu’elle vient de décapiter au sabre. Le dessin accompagné du slogan « Karine Bill tue la mémoire de Léon Blum » n’est autre qu’un pastiche de l’affiche du film de Quentin Tarentino, « Kill Bill ».
18364816

Acte 2 : Trois heures après la publication de ce dessin sur internet, la maire de Colomiers, Karine Traval Michelet, réagit via un communiqué du groupe municipal majoritaire « Génération Colomiers » que voici dans son intégralité : »L’organisation dans les jours prochains du Festival de la BD à Colomiers et mon attachement indéfectible à la liberté d’expression ne permettent pas tout. Particulièrement dans le contexte actuel de violences exacerbées par des actes de terrorisme barbares, l’affiche caricaturale que vous venez de publier, ne peut être laissée sans réaction car elle porte une atteinte disproportionnée à mon image publique au regard du projet immobilier, porté par Oppidéa, aménageur de Toulouse Métropole, et auquel vous vous opposez. Je vous demande donc le retrait immédiat de cette publication ouverte au public. Dans le cas contraire, je me verrai contrainte de saisir, à votre encontre, les juridictions compétentes. » Un communiqué publié directement sur la page facebook du collectif contre la destruction du château, mais curieusement pas sur la page du groupe « Génération Colomiers »…

cadActe 3 : Deux jours plus tard, le collectif publie sa réponse à la maire. Il lui rappelle les éléments juridiques qui encadrent la liberté d’expression dans notre pays. Mais il dénonce également l’indécente référence au terrorisme contenue dans le communiqué de la maire : « nous trouvons très malvenu et très hors contexte que vous parliez d’actes de terrorisme quand ceux-ci ont fait tant de victimes et sont instaurés dans le but de censurer et d’éliminer toute personne osant s’exprimer. » Il n’est donc pas question pour le collectif de retirer ce dessin. « Nous ne faisons que jouir de notre liberté de diffuser sur les réseaux sociaux l’œuvre d’un artiste local », argumente-t-il.

Acte 4. La diffusion sur les réseaux sociaux du dessin et de la polémique avec la maire suscite l’intérêt de la presse locale. Un premier article est paru dans CôtéToulouse (le site du groupe qui édite le journal La Voix du Midi), le jeudi 29 septembre. Alors que la maire de Colomiers n’a pas souhaité faire de commentaire aux journalistes, le leader du collectif incriminé s’explique : « Avec ce dessin de Graviar, à qui nous avons laissé carte blanche, nous avons voulu illustrer la violence du choix de madame le maire de détruire le dernier patrimoine de la ville de Colomiers, le château de L’Armurier » (voir notre article Résistance civique pour sauver le Château de l’Armurier). La Dépêche du Midi du samedi 1er octobre, qui, la veille, a publié deux pleines pages de publicité du promoteur Pitch Promotion présentant les logements de luxe de l’Armurier…, titre : « Château de l’Armurier, les couteaux sont tirés ». De l’humour (?) pour défendre l’élue socialiste qui a toujours des relais complaisants au sein du quotidien régional. Mais l’article rapporte ses derniers propos qui montrent qu’elle revient en arrière quant à ses menaces d’attaquer en justice :  » je pourrais déposer plainte pour injures publiques, déclare-t-elle, mais il faut du recul « . Je pourrais… oui effectivement, avant de se lancer dans ce type de procédures, il vaut mieux y réfléchir à deux fois… A moins que le ridicule…

On se demande bien qui conseille la maire de Colomiers pour réussir l’exploit, en l’espace de quelques jours, de menacer un collectif citoyen de procédures judiciaires si celui-ci ne retire pas un dessin diffusé sur Facebook (sic), de ne pas répondre aux questions des journalistes de Côté Toulouse et enfin de faire machine arrière dans La Dépêche du Midi quant à une éventuelle procédure judiciaire… Si c’est sa directrice de cabinet, je suggère qu’elle soit immédiatement licenciée sur le champ d’honneur pour atteinte aux intérêts supérieurs de la municipalité et de sa première élue.

La liberté d’expression est un vrai sujet à Colomiers. L’affaire du dessin de Graviar ne représente qu’un épisode supplémentaire dans la longue liste des atteintes au droit d’expression des citoyens dans la deuxième ville de la Haute-Garonne. Faut-il rappeler que le magazine du cinéma Utopia est interdit de séjour à la médiathèque de Colomiers, tout comme Le Journal Toulousain ? Faut-il rappeler que des employés municipaux sont régulièrement inquiétés lorsqu’ils affichent un peu trop ostensiblement leurs opinions sur les réseaux sociaux et qu’il leur est conseillé un certain devoir de réserve ? Faut-il rappeler l’attitude déplorable de la maire à l’occasion des conseils municipaux où elle coupe régulièrement la parole à ses adversaires de la gauche citoyenne et écologiste dont elle ne supporte pas la liberté de ton lors de certaines de leurs interventions ?

Avec cette affaire, on est bien loin de « l’esprit Charlie » qui prévalait après le 7 janvier 2015. De toute évidence, madame la maire de Colomiers n’est pas Charlie ! Elle est d’ailleurs soutenue sur Facebook par l’élue de l’opposition Loubna Zaïr, qui est favorable à la liberté d’expresion, mais à condition qu’elle ne choque pas… Laissons le dernier mot à Jean-Médéric Delcros qui résume bien la situation lorsqu’il interpelle la maire : « Si malheureusement, vous vous reconnaissez dans cette caricature, je vous invite à réfléchir à votre image sur la scène politique ».

Une réflexion sur “La maire de Colomiers n’est pas Charlie !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s