Recruter des animateurs dans les ALAE oui… mais pas n’importe comment !

AlaeCe texte est l’intervention que j’ai faite au Conseil municipal de Colomiers, au nom du groupe Vivre mieux à Colomiers, le jeudi 21 mai lors du point 9 de l’ordre du jour : Recrutement d’agents non titulaires pour les accueils de loisirs associés aux écoles (ALAE), les centres de loisirs associés aux collèges (CLAC), le Conseil Municipal des Jeunes (CMJ) et pour le contrat local d’accompagnement à la scolarité (CLAS) durant l’année scolaire 2015-2016.

Madame la Maire,

Notre intervention n’a pas pour but de contester la nécessité d’embaucher ces personnels du CLAC, du CLAS, et surtout des ALAE, mais d’émettre des observations sur les conséquences de leur recrutement et de souligner le problème structurel de la précarisation de ces emplois.

La réforme des rythmes scolaires a augmenté la durée d’accueil des enfants sur le temps périscolaire. Quarante minutes de classe en moins par jour, c’est autant de temps en plus pour le périscolaire. Le périscolaire, c’est 5h40 dans les écoles chaque jour, soit une durée supérieure au temps de classe. C’est donc un temps qui davantage que dans le passé doit être pris en compte et c’est l’objectif notamment du Plan Educatif De Territoire (PEDT).

Nous avons besoin d’animateurs et de directeurs en nombre dans les ALAE, mais formés et accompagnés, qui travaillent dans des conditions décentes afin que les enfants dans nos écoles sur ce temps périscolaire soient accueillis d’une façon telle qu’elle favorise leur bien être et leur épanouissement (c’est d’ailleurs aussi l’un des objectifs du PEDT).

Ce n’est malheureusement pas le cas à Colomiers, qui se prétend, comme il est écrit à chaque entrée de la ville « Ville amie des enfants ». Je pense d’ailleurs, afin que vous ne jugiez pas d’emblée mon intervention négative, que nous pourrions rebaptiser ces panneaux par « Ville qui aimerait être l’amie des enfants ». Qui aimerait, mais qui ne peut pas… Vous avez sûrement de bonnes intentions, et nous serons toujours là pour les approuver, même s’il faut le reconnaître, elles n’ont pas toujours été d’actualité à Colomiers, mais vos bonnes intentions se heurtent à des réalités que, bien souvent, vous refusez de voir et surtout d’entendre. Alors le Conseil municipal, c’est peut être l’un des rares lieux d’expression libre, où collectivement, vous pouvez entendre des réalités certes déplaisantes, mais nécessaires pour nos débats et nos décisions.

La première de ces réalités, consécutive aux conditions dans lesquelles s’effectuent ces recrutements, est qu’il y a un turn over très important, trop important chez les animateurs des ALAE. Ce turn over est dû au manque de considération des animateurs qui sont payés avec un lance pierre, qui travaillent dans des conditions difficiles, dans des locaux très souvent insuffisants et inadaptés. (Les nouvelles écoles font exception et nous saluons les efforts qui ont été réalisés pour davantage prendre en compte les besoins des ALAE). Ce turn over est dommageable pour les enfants qui ont besoin, plus encore que dans le passé, de repères stables dans les référents adultes qui les encadrent.

La seconde réalité, qui est forcément liée à la première, c’est que le recrutement est difficile et que bien souvent le nombre nécessaire d’animateurs, et je parle de nombre minimum imposé par la loi, n’est pas toujours atteint dans nos écoles et quand il est atteint il demeure de toute façon bien insuffisant. Ce qui oblige, très concrètement à des contorsions d’organisation et de planning qui ne sont pas compatibles avec l’intérêt et le bien être des enfants. Sans nombre d’animateurs suffisants, la qualité n’est pas au rendez-vous. L’ALAE n’est pas une garderie, elle procède d’un projet éducatif avec un encadrement qui doit être adapté au nombre d’enfants.

La troisième réalité, c’est que, de fait, ce métier, dans ces conditions, devient de plus en plus difficile à exercer, voire impossible. Je plains et nous plaignons sincèrement ces personnels, souvent jeunes et inexpérimentés, qui, je le vois tous les jours dans mon école, sont en difficulté avec les enfants, qui sont placés dans des situations parfois impossibles, qui ne savent tout simplement pas gérer un groupe d’enfants notamment sur le plan de l’autorité. Ces personnels souffrent car ils font comme ils peuvent. Personne n’ira leur jeter la première pierre, mais il est de la responsabilité de la commune de ne pas les laisser dans cette situation sans issue.

La quatrième réalité, c’est que la formation de ces personnels n’est pas au rendez-vous. La formation, ce n’est pas seulement obtenir un diplôme d’animateur, le fameux BAFA, bien entendu indispensable, mais cela n’est pas suffisant. La formation, c’est aussi le travail d’équipe, c’est le tutorat, se sont les stages complémentaires.. Quels sont les investissements de la commune pour assurer une formation de qualité, une formation continue à ces personnes qui ont un rôle essentiel dans nos écoles ?

La précarisation du statut des animateurs est une réalité, pas seulement à Colomiers. Cependant, elle n’est pas acceptable dans une municipalité qui se dit de gauche. Il faut là aussi davantage de moyens et d’investissements pour fidéliser les animateurs, car c’est un véritable métier qui nécessite des compétences, mais aussi des moyens. Les emplois des animateurs des ALAE et autres doivent être sécurisés, tant sur le plan de la formation que de la rémunération. Ils doivent pouvoir bénéficier de tous les acquis des mouvements de l’éducation populaire dans leur formation, dans leur accompagnement pour que le temps périscolaire soit davantage valorisé et joue pleinement son rôle.

On peut faire les plus beaux Projets Educatifs Territoriaux sur le papier, mais dans la réalité vraie, si les animateurs ne sont pas davantage considérés, aidés et soutenus, formés et accompagnés, ce sont encore et encore les enfants qui en patiront, qui en souffriront.

La souffrance dans nos écoles est une réalité. Des élèves souffrent dans les classes, ce n’est pas de votre fait, mais ils souffrent aussi de locaux inadaptés aux apprentissages. Et c’est pourquoi le temps périscolaire ne doit pas ajouter de la souffrance à cette souffrance. Et si vous niez cette réalité, si vous niez ce constat premier, alors je doute fort que votre politique éducative aille dans la bonne direction.

De plus, il n’est pas acceptable, et c’est l’occasion de le dire à l’heure où nous votons le recrutement de ces personnels, que l’on ordonne aux directeurs et animateurs de l’ALAE de cesser de se plaindre, qu’on leur ordonne de se taire alors qu’ils souhaiteraient être entendus par leurs supérieurs. Il n’est pas acceptable qu’un responsable, on ne donnera pas le nom par charité laïque, il y a quelques semaines, dans une école que je connais bien, en réunion d’animateurs, leur dit qu’ils n’ont pas à se plaindre car ils sont bien lotis à Jules Ferry. Non, comme dans d’autres écoles, ils ne sont pas mieux lotis dans mon école. Ils sont en difficulté, ils sont en sous effectif, et pour beaucoup d’entre eux, ils n’en peuvent plus !

Je peux témoigner que des animateurs, il y a déjà plusieurs années, me disaient qu’ils avaient injonction de ne pas parler directement avec les enseignants, sans en référer à leur directeur. Il faut que ça change. Quand on prétend bâtir un PEDT ambitieux et de qualité, il va falloir considérer que le dialogue, l’écoute, la coopération entre les équipes d’enseignants et d’animateurs sont des éléménts essentiels, structurants, qui donnent sens aussi à ce métier d’animateur.

C’est à partir de ce que ces agents pour beaucoup non titulaires ont à dire qu’il faut travailler. Ils savent, eux, parce qu’ils sont « les experts du quotidien » (pour reprendre une formule de Ségolène Royal que j’aime beaucoup, la formule bien sûr…). Ils savent et ils doivent donc être davantage entendus et respectés.

Pour toutes ces raisons que j’ai évoquées, nous devons malheureusement constater que vous entretenez la précarité des emplois des animateurs. Pas seulement parce que leur statut d’employé est précaire, mais parce qu’ils sont dans l’incertitude quotidienne concernant le sens de leurs missions. Ils ont besoin de soutien. Ils ont besoin de reconnaissance.

Voici nos questions : qu’allez-vous faire pour enfin les reconnaître ? Qu’allez-vous faire pour améliorer leur statut ? Qu’allez-vous faire pour leur donner une formation digne de ce nom ? Qu’allez-vous faire enfin pour rendre davantage acceptables leurs conditions de travail ?

Sur toutes ces questions, nous sommes prêts à travailler avec vous, à faire des propositions dans les instances adéquates.

Je vous remercie pour votre attention.

PS : La Dépêche du midi évoque ce débat dans un article publié mardi 26 mai : http://www.ladepeche.fr/article/2015/05/26/2111531-accueil-de-loisirs-a-l-ecole-la-polemique.html

3 réflexions sur “Recruter des animateurs dans les ALAE oui… mais pas n’importe comment !

  1. Bonsoir
    Je suis animateur CLAE sur la commune et je vous rejoins tout à fait dans ce que vous dites concernant nos conditions de travail.
    Merci de dire tout haut ce que nous pensons tout bas.
    La majorite d’entre nous pensons comme vous mais si nous voulons garder notre emploi,nous devons nous taire.Car de plus en plus d’animateurs font ce métier pour vivre,et non plus comme job étudiant.Les animateurs sont de plus en plus trentenaire,voire quadra.
    J’aime mon métier,moins mon employeur.Si je reste c’est pour les enfants.Malheureusement cet amour du métier ne suffira plus un jour …

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    • Bonsoir Isabelle
      La maire a répondu en disant, en substance, que la municipalité s’occupait bien de ses animateurs et que certains de mes propos étaient caricaturaux. La Dépêche du midi fera un article sur ce débat demain mardi.

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